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Bienvinue sur le blog de Paul-Koty. Vous y lirez des articles consacrés à plusieurs domaine.
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10.10.2007
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13.07.2008
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LES ECRIVAINS IVOIRIENS

Posté le 01.12.2007 par awassapaul
Jean-Marie Adiaffi
est un écrivain de Côte d'Ivoire né en 1941 et décédé en 1999 à Bettié, dans la région d'Abengourou.
Enseignant, poète et romancier, il est l'auteur, notamment, de La Carte d'identité, en 1983 et D'Éclairs et de foudres.
Jean-Marie Adiaffi est aussi l'inventeur du bossonisme, une sorte de religion.

Bibliographie

1997 : Silence, on développe, Nouvelles Du Sud, ISBN 2879310059
1984 : Galerie infernale, Ceda (poésie)
1983 : La carte d'identité (version originale The Identity Card) , Zimbabwe, Pub. House, ISBN 0949932647
1983 : La légende de l'éléphanteau, Editions de l'Amitié
? : Les naufragés de l'intelligence
? : D'Eclairs et de foudres (poésie)

Distinctions

1981 : Grand Prix littéraire d'Afrique noire de l'UDELF pour D'Eclairs et de foudres et La carte d'identité.
1991 : Ordre national du mérite culturel.


Alexis Allah
est né en 1961 en Côte d'Ivoire à ZENGOUANOU dans la région de Bouaké.
Elevé dans le culte d'animisme, son père est paysan et sa mère ménagère. Enfant, Alexis va fréquenter l'école catholique des missionnaires, poursuit sa scolarité au collège "Victor Hugo" de BOUAKE puis au lycée moderne et classique de Dimbokro. C'est en 1985 qu'Alexis Allah arrive en France. Il obtient son baccalauréat au lycée "George Sand" de La Châtre dans l'Indre puis intègre l'université de Limoges où il décroche une Maîtrise en Lettres Modernes.
Lors de la saison 1999-2000, il débute sa carrière d'enseignant en tant que professeur de français. Son amour des lettres et de l'écriture va permettre à alexis de publier son premier roman La nuit des Cauris, une autobiographie parue dans la collection "Encres noires" chez l'Harmattan.
Ce combattant de l'injustice et du racisme raconte la vie en Côte d'Ivoire, sensible à l'amitié et la paix entre les peuples, il oeuvre pour faire découvrir le continent africain, tel un témoin des cultures et traditions, soucieux de suivre son évolution et son développement.
En 2002, il publie L'enfant palmier, puis suivra L'oeil du marigot. A l'issue de la publication de ce dernier titre, il obtient le prix de l'Académie Internationale de Lutèce.
Régulièrement, il participe et intervient dans des conférences, des forums sur des thèmes qui font partie de sa vie : l'eau, l'écologie, la spiritualité. Alexis attache une grande importance au respect de la nature et des êtres.
Cet humaniste cultive le sens des valeurs essentielles, son regard tourné vers l'avenir du continent africain et le désir de le voir grandir au sein d'une fraternité reconnue. Le souhait du respect et la volonté que chacun d'entre nous puisse comprendre qu'il faut préserver cette nature qui nous offre la vie.

Livres

La nuit des cauris
L' œil du marigot
L'enfant-palmier : Prix de l'Académie Internationale de Lutèce



Francois-Joseph Amon d'Aby
est un écrivain de Côte d'Ivoire né vers 1913 à Aby, dans le sud-est du pays près d'Adiaké.
Certains de ses ouvrages sont signés F.-J. Amon d'Aby.

Livres

1973 : La Mare aux crocodiles

Pièces de théâtre

1941 : Joseph vendu par ses frères
1953 : Kwao Adjoba
1955 : Entraves
1956 : La couronne aux enchères
1957 : La sorcière


Maurice Bandaman
est un écrivain, romancier et dramaturge ivoirien.
Il a été lauréat du Grand prix littéraire d'Afrique noire en 1993.
Ses livres ont fait l'objet d'une étude de Pierre N'Da : Écriture romanesque de Maurice Bandaman, ou la quête d'une esthétique africaine moderne.

Romans

Une femme pour une médaille, recueil de nouvelles
Même au Paradis, on pleure quelquefois (2000)
La bible et le fusil
Le fils de la femme-mâle
L'amour est toujours ailleurs
Côte d'Ivoire: chronique d'une guerre annoncée"

Pièces de théâtre

La Terre qui pleure (finaliste du concours RFI en 1998)
Au nom de la terre"

Poésie

Nouvelles chansons d'amour"

Littérature enfantine
Sikagnima, la fille aux larmes d'or


Bernard Dadié
est un écrivain de Côte d'Ivoire né en 1916 .
Il a été le lauréat 1968 du Grand prix littéraire d'Afrique noire .

Livres

1948 : Mémoire d'une rue ( première nouvelle ivoirienne publiée )
1950 : Afrique debout
1955 : Le Pagne noir, recueil de contes
1956 : Climbié ( premier roman ivoirien publié )
1958 : Les contes de Koutou-as-Samala
1959 : Un nègre à Paris
1967 : Hommes de tous les continents
1969 : La ville où nul ne meurt
1970 : Les voix dans le vent
1970 : Monsieur Thogo-gnini
1970 : Béatrice du Congo
1971 : Les voix dans le vent
1973 : Îles de tempête
1975 : Papassidi maître-escroc
1979 : Mhoi Ceul
1979 : Assémien Déhylé, roi du Sanvi
1981 : Les jambes du fils de Dieu

Théâtre
1933 : Les villes


Amadou Koné est un écrivain de Côte d'Ivoire, né en 1953 et professeur de Français à Georgetown University aux États-Unis.

Pièces de théâtre

1972 : De la chaire au trône
1980 : Les canaris sont vides
2006 : Sigui, Siguila, Siguiya, ou S'absenter pour être enfin là

Livres

1976 : Jusqu' au seuil de l' irréel
1976 : Les frasques d' Ebinto
1980 : Traites (Sous le pouvoir des Blakoros 1)
1981 : Courses (Sous le pouvoir des Blakoros 2)
1998 : Les coupeurs de tête
2003 : Houphouet-Boigny et la crise ivoirienne.














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SYLVANUS OLIMPIO

Posté le 13.10.2007 par awassapaul
Sylvanus Olympio , né à Lomé le 6 septembre 1902, fut un politicien togolais, il a fait ses études à la London School of Economics, parlait six langues et fut assassiné le 13 janvier 1963.

1927 : Engagé à la fin de ses études comme employé par la Lever Brothers Company, Sylvanus OLYMPIO y entame une carrière professionnelle à Londres.

1928-1930 : Retour en Afrique où Sylvanus OLYMPIO est affecté d’abord comme adjoint à l’agent général de la compagnie Unilever à Lagos (Nigeria) puis est muté comme chef de la société à Hô (Ghana).

1930 : Il épouse Dina Grunitzky, une jeune métisse togolaise fille d’un officier allemand d’origine polonaise et d’une mère anlon de Kéta (Ghana), née de la famille royale des Amégashie. Elle est la sœur d’un certain Nicolas Grunitzky qui fera parler de lui plus tard à l’assassinat de son beau-frère Sylvanus auquel il accepta de succéder à la tête de l’État togolais après son assassinat. Ils eurent 5 enfants dont trois garçons et deux filles : Kwassi Bonito Herbert (décédé le 25 août 1994), Ablavi Rosita, Kwami Gilchrist Sylvanus, Ayaba Sylvana et Kodzo Elpidio Fernando.

1932 : Jusque là adjoint de l’agent général de la Compagnie Unilever pour le Togo, Sylvanus OLYMPIO est muté au Togo où il revient s’établir pour accéder au poste d’Agent général de la United Africa Company (UAC), filiale du groupe Unilever en zone française. Promotion exceptionnelle alors pour un africain autochtone, il était le plus en vue de toute l’élite africaine de Lomé et se voit désigner, de ce fait, comme Président de la Chambre de commerce de Lomé. La même année, il accepta d’être le conseiller technique d’un groupement pré-politique : le Conseil des notables créé par le pouvoir colonial français comme un instrument destiné à l’aider à administrer le Togo.


Vie Politique

1934 : Olympio participe au comité de rédaction du journal « Le Guide du Togo » créé par Jonathan Savi de Tové, comme outil d’éducation politique.

1936 : OLYMPIO est désigné vice-président du Cercle des Amitiés Françaises qui joua le même rôle que le Conseil des notables.

13 mars 1941 : Olympio participa à la création du « Comité de l’Unité togolaise », une association initiée au départ par le gouverneur Lucien Montagné comme une amicale entre autochtones et colons français, à l’image du Conseil des notables d’avant guerre pour contrer les revendications du regroupement dénommé Deutsche Togo Bund. Créé le 1er septembre 1924 et enregistré à Accra (Ghana) en 1924, ce dernier menait campagne pour la reconstitution du territoire togolais tel que délimité sous la colonisation allemande ce qui garantirait la réunification du peuple Ewe artificiellement divisé entre deux territoires du Togo et du Togo britannique (annexé plus tard au Ghana) par les colons français et britannique.

1942 : Olympio est arrêté et emprisonné pendant trois semaines, avec six de ses collègues, à Djougou, dans le nord du Dahomey d’alors, par le gouverneur colonial qui représentait, au Togo, le régime de Vichy parce que, comme commerçants, ils travaillaient pour des entreprises britanniques. On était en effet à l’époque en pleine IIe Guerre mondiale où un pacte, conclu avec Hilter par le Maréchal Pétain qui dirigeait alors la France, partagea cette dernière en deux. La moitié nord du pays fut laissée aux nazis alors qu’un gouvernement de « collabos » des nazis dirigé par Pétain se mettait en place dans la ville thermale de Vichy. Dans toute la France y compris dans les colonies, la chasse s’engagea alors contre ceux qui, comme Sylvanus Olympio, continuaient à entretenir des relations – fussent-elles commerciales – avec des représentants de l’Angleterre, pays considéré comme « ennemi » de l’Allemagne et de Vichy dans cette guerre. À l’annonce du débarquement des troupes alliées en Afrique du nord, toute l’Afrique occidentale française se rallia à la résistance française dirigée depuis Londres par Charles De Gaulle. Olympio fut alors libéré mais se vit intimer, par l’administrateur, l’ordre de quitter immédiatement la prison, en pleine nuit, au milieu de la brousse, sans voiture, ni autre moyen de déplacement qu’à pied.

30 janvier – 8 février 1944 : Avant même la fin de la IIe Guerre mondiale, Charles de Gaulle, convoqua la Conférence de Brazzaville pour tenter de sauver les intérêts coloniaux français en Afrique qui menaçaient d’être balayés par le soulèvement des peuples africains dont les premiers soubresauts se manifestaient déjà à ce moment même où la France, sortie totalement exsangue de cette guerre, ne pouvait y résister. En effet particulièrement dure été, pour les Africains, les affres de toutes sortes qu’ils avaient subies au titre de l’effort de guerre : surexploitation organisée à travers la pratique esclavagiste du travail forcé avec son lot de brimades et exactions, envoi de troupes servant de « chair à canon » en première ligne sur les fronts de cette guerre, etc. Il y fut décidé un train de réformes : suppression du régime discriminatoire de l’« indigénat » dès la fin de la guerre, abolition du travail forcé dans un délai de cinq ans, représentation élue de députés africains à l’Assemblée constituante française qui allait se mettre en place. Au Togo où, sous la direction de Sylvanus OLYMPIO, le combat du CUT pour l’indépendance la réunification du peuple ewé s’intensifiait, ces décisions suscitent une vive contestation comme le note ainsi Claude Gérard (cf. Les pionniers de l’indépendance) : « Au Togo, par contre, l’indépendance future de ce Territoire sous Tutelle des Nations Unies, administré par la France depuis la première guerre mondiale, est souhaitée par tous. Aussi les recommandations de la Conférence de Brazzaville, excluant toute perspective même lointaine « de self-governments dans les colonies », déclenchent-elles à Lomé des manifestations hostiles ».

9 juin 1946 : A l’initiative de Daniel Chapman, un professeur du collège d’Achimota en Gold Coast (le Ghana de l’époque) fut créée la « All Ewe Conference » qui s’était fixée pour objectif de combattre pour la réunification du peuple Ewe. Sylvanus OLYMPIO en devint un représentant au Togo, pays que les colons français et britanniques se sont partagés la fin de la première mondiale en le divisant en deux territoires soumis à leur domination respective et dont les peuples ont également été divisés par une frontière artificielle.

27 avril 1946 : A la réunion de renouvellement du Conseil d’administration du « Comité de l’Unité togolaise », Sylvanus Olympio proposa et fit adopter qu’il change de nature pour devenir un véritable parti nationaliste. C’était dans un contexte où, le 9 avril 1946, avait été créé, par Pedro OLYMPIO (un cousin de Sylvanus) et Nicolas Grunitzky, le Parti togolais du progrès (PTP). Les membres de ce parti, inféodés à l’administration coloniale française – tout comme l’Union des chefs et des populations du nord (UCPN)–, que cette dernière créera de toutes pièces en 1951, s’illustraient par leur farouche opposition au combat des nationalistes togolais qui menaient ouvertement campagne pour la réunification du peuple Ewé arbitrairement divisé entre les deux Togo par les colonisations française et britannique.

10 novembre 1946 : Aux élections des députés au Conseil de l’Union française, le parlement français de l’époque, total fut le succès du CUT dirigé par Sylvanus Olympio qui inscrivit l’unification et l’indépendance du Togo au programme qu’il proposa aux citoyens en présentant Martin AKU comme candidat : avec 4 270 voix, il obtenait 73 % des suffrages exprimés contre 1 460 voix soit 25 % des suffrages exprimés pour Nicolas Grunitzky, le candidat présenté par le Parti togolais du progrès (PTP). Martin AKU alla donc siéger à l’Assemblée nationale française.

8 décembre 1946 : Aux élections à la première Assemblée représentative du Togo, le CUT conforta ses positions en raflant presque tous les sièges. Olympio fut alors appelé à présider cette assemblée pour 5 ans. Il avait alors 44 ans.

8 octobre 1947 : Délégué de la « All Ewe Conference », OLYMPIO se rend pour la première fois à l’ONU pour plaider la cause de la réunification du peuple Ewe. Il fera par la suite ce voyage chaque année, et même deux fois par an parfois.

1951 : Muté par le groupe Unilever à Paris dans les services de la « Compagnie du Niger », sa filiale, suite aux interventions manoeuvrières du pouvoir colonial français auprès de ses patrons anglais pour l’empêcher de continuer à diriger le combat politique du CUT au Togo, OLYMPIO fut convoqué à Londres. Là ses patrons le sommèrent de choisir un des deux termes de cette alternative : ou bien partir en croisière aux frais de la société, en Grèce ou ailleurs afin de ne pas être à Paris où devait se tenir une session de l’ONU devant laquelle Sylvanus était susceptible d’intervenir au compte des nationalistes togolais ou bien démissionner ! Spectaculairement, OLYMPIO choisit de démissionner pour ne pas trahir la cause du combat pour l’indépendance du Togo ce qui lui conféra un énorme prestige.

1952 : Réélu à l’Assemblée territoriale togolaise où le CUT venait cependant de perdre la majorité des sièges grâce aux fraudes massives organisées par le pouvoir colonial français au profit de leurs suppôts du PTP, OLYMPIO doit laisser à ces derniers la présidence de cette assemblée.

1954 : Arbitrairement arrêté pour « trafic de devises » entre le Togo et le Ghana par le pouvoir colonial français, OLYMPIO se voit proposer par ce dernier de renoncer à la vie politique pour que cette supposée « infraction » ne soit pas retenue contre lui. Ayant refusé avec indignation cette grossière tractation, il est condamné à une amende de 5 millions de F CFA et à la déchéance de ses droits civiques, ce qui l’empêcha d’être candidat aux consultations électorales ultérieures sous le régime colonial français.

27 avril 1958 : De nouvelles élections législatives sont organisées au Togo pour la désignation d’une nouvelle assemblée, cette fois-ci, sous la supervision d’une mission l’ONU (dirigée par le Haïtien Max Dorsinville) à la demande des nationalistes. C’était pour éviter les fraudes massives régulièrement planifiées jusque-là par le pouvoir colonial français lors des précédentes consultations électorales pour imposer frauduleusement la victoire de ses suppôts du PTP et de l’UCPN. Déchu de ses droits civiques, OLYMPIO ne pouvait y être candidat. Bien que les fraudes du pouvoir colonial eurent lieu quand même notamment au niveau de la manipulation des listes électorales, leur limitation permit au CUT de gagner ces élections. De l’avis de tous les observateurs, ce fut avec une totale surprise que la victoire des partisans de l’indépendance immédiate « Ablodé ! » regroupés autour du CUT s’imposa « avec l’ampleur d’une lame de fond ». Les nationalistes venaient de remporter une confortable majorité de 33 sièges sur les 46 à pourvoir pour la nouvelle assemblée en ce 27 avril 1958.

16 mai 1958 : Après avoir proclamé dès sa première séance une amnistie qui restitua à Sylvanus OLYMPIO ses droits civiques, l’Assemblée législative l’investit Premier ministre de la République du Togo.

Automne 1958 : Nommé Premier ministre, OLYMPIO se rend à Paris pour y rencontrer le Président de la République, Charles de Gaulle, afin de négocier avec lui un cadre politique disposant que, bien que les Togolais se soient prononcés pour l’indépendance immédiate, le 27 avril 1958, il souhaitait ne pas traduire immédiatement cette volonté dans les faits et préférait attendre encore deux ans, jusqu’en avril 1960, pour la proclamation effective de l’accession du Togo à la souveraineté internationale.

15 novembre 1959 : Aux élections municipales le CUT confirme à nouveau son triomphe en raflant 136 sièges sur les 160 à pourvoir. Sylvanus OLYMPIO est élu maire de Lomé.


Indépendance du Togo

27 avril 1960 : Lors de cérémonies grandioses organisées à Lomé en présence de représentants d’États et institutions venus du monde entier, Sylvanus OLYMPIO proclame solennellement, à minuit l’indépendance du Togo par ce discours : « « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue mais le jour vient ! » Excellences, Mesdames, Messieurs, Le grand jour tant souhaité est enfin arrivé. Notre pays, le cher Togo qui, depuis 1884, a été successivement protectorat allemand, condominium franco-britannique, territoire sous tutelle de la France retrouve, en ce jour du 27 avril 1960, sa liberté d’antan. De ce moment et à jamais affranchi de toutes sujétions, de toutes entraves, maître de son destin, maître de ton destin, cher Togo, mon cher pays, te voilà libre enfin. Au nom du peuple togolais, je proclame solennellement l’indépendance du Togo, notre patrie. »


Présidence

9 avril 1961 : Sylvanus OLYMPIO est élu Président de la République togolaise au terme des élections remportées par le Parti de l’unité togolaise qui rafla 560 938 voix sur les 564 617 votants et 627 688 inscrits soit 89 % des votants et 97 % des suffrages exprimés (la Juvento, l’allié d’avant qui s’opposait alors au CUT, n’avait pas pu se présenter n’étant pas arrivée à déposer la caution fixée dans les délais prévus).

13 janvier 1962 : Dissolution des associations constituées au Togo par le gouvernement Olympio. Leurs responsables sont accusés d’avoir fomenté un coup d’État. Le Togo se retrouve ainsi en situation de parti unique de fait.

30 janvier 1962 : Une grave crise politique éclate au sommet de l’État où le gouvernement de Sylvanus OLYMPIO prend la décision de dissoudre son allié de toujours, la Juvento, après l’annonce de la découverte d’un complot faisant suite à l’apparition de divergences de ce parti avec le CUT qui a conduit au départ de ses membres du gouvernement, alors que d’autres sont arrêtés et emprisonnés à Mango.

22 mars 1962 : Sylvanus Olympio se rend aux États-Unis pour y rencontrer le président John Kennedy.

12 janvier 1963 : Ce jour du samedi 12 jan­vier 1963 avait été marqué par un impalpable trouble. Ce jour là, le président de la République, Sylvanus Olympio, devait pro­céder à l’inauguration en grande pompe, aux côtés de l’ambas­sadeur de France au Togo, du centre culturel français. Depuis un an, cette inauguration était retardée, pour des motifs que d’aucuns jugeaient peu convaincants. En fait, le président Olympio prenait prétexte de cette affaire pour marquer son indé­pendance vis-à-vis de la France, en n’accédant pas à toutes ses demandes, fussent-elles protocolaires. Tant et si bien que le Goethe Institut avait été inauguré avant le centre culturel fran­çais, au grand dam de l’ambassadeur Henri Mazoyer, habitué dans les anciennes colonies françaises en Afrique, à davantage de prévenance.

Finalement, après un an d’atermoiements, l’inauguration de ce modeste bâtiment sur lequel avait été hâtivement placardée la raison sociale (« Centre culturel français ») était prévue pour ce samedi 12 janvier 1963, en présence du chef de l’État togo­lais. Mais au dernier moment, Sylvanus Olympio, sujet à on ne sait quel pressentiment, décida de ne pas assister à cette cérémo­nie tant attendue. Il demanda au secrétaire général du gouverne­ment et ministre de l’Information Rodolphe Trénou, de le rem­placer. Il est vrai que circulaient alors, dans certains milieux poli­tiques et diplomatiques de Lomé, d’étranges rumeurs : des mili­taires seraient sur le point d’arrêter le chef de l’État. Dans un passé récent, Sylvanus Olympio avait déjà fait l’objet de deux tentatives d’assassinat. La prudence s’imposait donc.

De ces militaires qui se montraient alors, en ce début d’année 1963, menaçants pour le président de la République, l’histoire a retenu les noms sous l’appellation peu flatteuse de « demi-­soldes ». Il ne s’agissait pas des officiers ou sous-officiers d’active de la petite armée togolaise, forte d’à peine un demi-millier d’hommes regroupés autour d’une compagnie d’infanterie, mais de jeunes Togolais enrôlés depuis 1953 dans l’armée française, avec laquelle ils avaient fait les campagnes d’Indochine ou d’Algé­rie. À l’époque, les Togolais dont le pays était sous tutelle des Nations unies n’étaient pas astreints au service militaire français. Ces engagés volontaires avaient donc été recrutés à titre indivi­duel, à partir du Bénin (alors Dahomey) et du Niger. Mais voici que depuis les accords d’Évian signés le 19 mars 1962 et qui avaient mis fin à la guerre d’Algérie, ces « demi-soldes » avaient été démobilisés. Ils étaient quelques centaines (entre quatre cents et sept cents, selon les sources) à vouloir rentrer au pays.

Les soldats des autres pays d’Afrique francophone, eux aussi démobilisés par l’armée française, avaient été reçus chez eux sans difficulté par leur gouvernement. Seuls, le Togo et la Guinée avaient pris des mesures restrictives, voire de refus, face au retour éventuel de ces soldats sur leur sol natal : pendant que les Gui­néens et les Togolais luttaient pour obtenir leur indépendance, les « demi-soldes », eux, combattaient avec l’armée coloniale, des peuples qui, comme le Viêtnam ou l’Algérie, se battaient eux aussi pour arracher leur indépendance. C’est ce qui leur était reproché. Le président Sékou Touré prit ainsi des mesures stric­tes pour empêcher le retour de ces soldats « perdus ». Les « demi­soldes » guinéens furent finalement accueillis au Sénégal.

Au Togo, le président Olympio avait adopté une stratégie dif­férente et ouvert des « négociations » avec ses compatriotes : les « demi-soldes » togolais, dont un bon nombre était quand même rentré, exigeaient d’être enrôlés dans l’armée nationale. Refus de Sylvanus Olympio qui ne voyait pas l’intérêt pour le Togo de doubler les effectifs de son armée et qui souhaitait au contraire que ces hommes, auxquels la France avait versé des indemnités, investissent leur pécule dans des activités productrices et partici­pent ainsi au développement du pays, indépendant depuis seule­ment le 27 avril 1960.

Ces « négociations », menées à Lomé par l’intermédiaire de l’ambassadeur de France, ne laissaient espérer aucun compro­mis possible entre le président et les militaires. Quelques jours avant l’inauguration du Centre culturel français, l’ambassadeur Henri Mazoyer aurait informé les « demi-soldes », en attente à Cotonou et à Niamey pour la plupart d’entre eux, du refus défi­nitif de Sylvanus Olyropio d’accéder à leur demande en leur per­mettant d’intégrer les rangs de l’armée togolaise. Ce message transmis par l’ambassadeur aux exilés et aux milieux d’opposi­tion à Cotonou et à Niamey par l’intermédiaire d’un « demi-­solde » Emmanuel Bodjolle qui, avec les indemnités versées par la France s’était acheté un taxi, avec lequel il faisait le voyage et le transport entre Lomé et Cotonou, distantes de 150 kilomètres, précipita vraisemblablement les événements.

A Lomé, en ce mois de janvier 1963, le climat était donc empoi­sonné par cette affaire. Et les rumeurs qui circulaient, le samedi 12 janvier, sur un « coup » que prépareraient les « demi-soldes » ne pouvaient pas être prises à la légère mais pas davantage pro­voquer une quelconque panique. Le président Olympio préféra par prudence s’abstenir d’inaugurer le centre culturel, d’autant plus qu’il soupçonnait l’ambassadeur de France de n’être ni loyal ni impartial dans le conflit qui l’opposait à ses compatriotes ayant choisi, quelques années auparavant, de s’enrôler dans l’armée française mais il ne modifia en rien ses habitudes.


L'assassinat

13 janvier 1963 : Sur les téléscripteurs du monde entier tombe cette information : « Coup d’État au Togo. Le président de la République Sylvanus OLYMPIO assassiné ». Étienne GNASSINGBE Eyadema a publiquement revendiqué l’avoir abattu, à bout portant, par des balles tirées en pleine poitrine et au bas-ventre avant de lui sectionner, au couteau, les veines des poignets. Puis, avec la baïonnette de l’arme, il lui taillada la cuisse gauche tout en expliquant fièrement à ses camarades : « C’est comme ça que je faisais en Algérie pour m’assurer que mes victimes étaient bien mortes ». OLYMPIO agonisa longuement ainsi au sol en se vidant de son sang, dans d’atroces souffrances. C’était le premier coup d’État sanglant de l’Afrique indépendante, fomenté par les réseaux du tristement célèbre Jacques Foccart, ministre français de la coopération du gouvernement dirigé par Charles de Gaulle. Pour cet assassinat dont l’organisation fut confiée aux bons soins du commandant Maîtrier, cet officier français qui commandait la gendarmerie nationale togolaise, on eut recourt à la manipulation de demi-soldes démobilisés de l’armée française à la fin de la guerre d’Algérie. Chose tout à fait étonnante qui démasque un complot organisé du plus haut sommet de l’État français : à 6 H du matin, ce 13 janvier 1963, France Inter, la radio de l’État français annonça la nouvelle de l’assassinat d’Olympio alors qu’il n’avait même pas été retrouvé par le commando envoyé pour le tuer. Ayant réussi à lui échapper une première fois, il s’était réfugié à l’Ambassade des États-Unis d’Amérique, cachette que l’Ambassadeur des États-Unis, Léon Poullada, révéla à l’Ambassadeur de France, Louis Mazoyer, et d’où le commando ira le sortir en escaladant le mur d’enceinte, en violation flagrante de la règle d’extraterritorialité protégeant toutes les Ambassades. Récupéré par le révérend père Jean Gbikpi, son corps échappa ainsi à la disparition comme celui de Patrice Lumumba du Congo (qu’on fit dissoudre dans un bac d’acide), fut acheminé clandestinement par Christophe da Gloria au Bénin où il a été inhumé au carré des Afro-brésiliens du cimetière d’Agoué. Selon plusieurs versions , Sylvanus Olympio aurait été assassiné car il aurait voulut bâtir une monnaie nationale proche de la monnaie allemande, la fabrication de cette monnaie (billet et pièces) devait être assurer par une société anglaise.


Les détails du meurtre

Sylvanus Olympio, ce soir là, travailla chez lui, dans sa villa de la route d’Aneho, gardée seulement par deux policiers. À la fin du week-end, le lundi 14 janvier, il devait effectuer une visite officielle au Liberia, à l’invitation du président Tubman. Les deux chefs d’État devaient mettre au point le projet de texte de la charte constitutive de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), dont la rédaction avait été confiée à Sylvanus Olympio par le groupe de Monrovia, sorte de club des chefs d’État modérés, par oppo­sition aux « radicaux » du groupe dit « de Casablanca ». Olympio travaillait sur ce texte, auquel il attachait grand soin, dans son bureau du premier étage, lorsque son attention fut attirée par une violente altercation. Il était environ minuit et le quartier résidentiel où était située la villa du président était d’ordinaire, à cette heure tardive, plongé dans un calme tranquille à peine troublé par le bruit des vagues qui s’écrasaient mollement sur la plage de sable, toute proche.

La discussion, bruyante, opposait les deux sentinelles en fac­tion devant les grilles de la villa, à une dizaine de militaires, vêtus de battle-dress, armés de pistolets, de quelques fusils et de deux ou trois mitraillettes. Ils contraignirent sans difficulté les deux policiers à les laisser entrer. De son bureau, au premier étage de la villa, Sylvanus Olympio comprit-il ce qui se passait ? Un premier coup de feu partit en direction de la fenêtre éclairée. Bien­tôt, un tir nourri brisa les vitres. Le président, vêtu d’un simple short en toile kaki et d’une chemisette, chaussé de sandales légè­res, se précipita vers la pièce où se tenait son épouse, Dinah et les jeunes nièces qui ce soir là logeaient chez lui, et leur demanda de se mettre à l’abri dans une chambre au fond de la villa. Olym­pio, quant à lui, descendit dans le jardin et escalada le mur de séparation derrière lequel se trouvait l’ambassade des États-Unis. Il tenta alors d’ouvrir les bureaux de l’ambassade. Mais ceux-ci étaient fermés. Il aperçut une voiture garée dans la cour, s’y pré­cipita et s’y réfugia, plié en deux sur la banquette arrière.

Pendant ce temps, les insurgés avaient envahi sa villa. La biblio­thèque, en haut de l’escalier, fut prise pour cible, et les livres cri­blés de balles. Le lendemain, on dénombrera plus de quatre cents impacts de balles. Après avoir fouillé la maison de fond en com­ble, les insurgés durent bien se rendre à l’évidence : Sylvanus Olympio n’était pas là. Un miracle : son épouse et ses nièces réfu­giées dans une pièce du rez-de-chaussée, sortirent indemnes de la fusillade. Apeurée, Dinah Olympio parvint à convaincre les militaires qu’elle ignorait où se trouvait son mari. Vers trois heu­res, l’ambassadeur des États-Unis, Léon B. Poullada, fut tiré de son sommeil et informé que des coups de feu avaient été enten­dus à proximité de son ambassade. Le diplomate se rendit alors sur les lieux. Le gardien togolais aurait alors vu l’ambassadeur s’adresser à Sylvanus Olympio, toujours caché dans la voiture en stationnement. N’ayant pas avec lui les clés des locaux, l’ambassadeur Poullada aurait alors dit au président : « Mon­sieur le président, ne bougez pas, je vais chercher les clés. Dans moins d’une demi-heure vous serez à l’abri. »

Entre-temps, et n’ayant pas trouvé ce qu’ils étaient venus cher­cher, les insurgés regagnèrent le camp militaire de Tokoin qu’ils avaient auparavant investi : l’armée togolaise, formée pour l’essentiel de Togolais du nord -les Kabrés - avait été infor­mée par les insurgés que le pouvoir était désormais contrôlé par des hommes du même bord. Le ralliement immédiat de l’armée avait permis l’arrestation rapide de presque tous les ministres du gouvernement, conduits au camp militaire. Seuls, le ministre de l’Intérieur et celui de l’Information avaient pu prendre la fuite et échapper aux hommes venus procéder à leur arrestation. Seuls deux ministres donc, mais aussi le chef de l’État, toujours réfu­gié dans la voiture de l’ambassade des États-Unis, manquaient à l’appel. Frustrés et dépités, quatre hommes parmi le groupe d’insurgés - Emmanuel Bodjolle, Janvier Chango, Robert Ade­houi et Étienne Eyadéma - décidèrent vers 5 heures du matin, alors que le jour se levait, de retourner à la recherche de Sylva­nus Olympio, qui, ils en étaient sûrs, ne pouvait être très loin de chez lui. Un chauffeur de l’armée les conduisit en jeep devant chez Olympio et repartit aussitôt pour le camp militaire de Tokoin. Les militaires avaient-ils été renseignés sur sa cachette ? Et pourquoi l’ambassadeur Poullada n’était-il pas retourné lui ouvrir les locaux ? Les informations concordent et indiquent que Léon Poullada aurait été intercepté par les militaires au moment où il retournait à l’ambassade. Sous la menace, il fut obligé de retourner chez lui. Ici une hypothèse : selon certaines sources, le diplomate américain aurait alors eu une conversation télépho­nique avec son collègue français Henri Mazoyer auquel il aurait fait un récit succinct des événements et lui aurait notamment révélé la cachette du président. Le diplomate français aurait répondu : « Ne bougez pas, je m’en occupe. » Toujours est-il que cette fois ­ci, Sylvanus Olympio ne tarda pas à être découvert. Les quatre militaires escaladèrent le mur de l’ambassade et allèrent à la voi­ture stationnée dans la cour. Le président sortit du véhicule, les bras levés. Mais les « demi-soldes », qui avaient laissé repartir leur jeep, n’avaient plus de moyen de locomotion. Or leur inten­tion était d’amener le président au camp militaire, et de lui faire signer sa propre démission. Le camp Tokoin était à cinq ou six kilomètres de là. Ils prirent donc la décision d’arrêter le premier véhicule qui passerait. Ce fut une Volkswagen coccinelle. Les mili­taires firent signe au conducteur de stopper. La voiture était con­duite par un métis, Yves Brenner, directeur de l’Information, très clair de peau. Les militaires crurent avoir affaire à un Européen. Ils lui demandèrent de les conduire, avec l’homme en short et en chemisette que Brenner reconnut très vite, au camp militaire. - Monsieur le président, s’inquièta Brenner, que se passe-t-il ? Le malheur, pour Sylvanus Olympio, fut que Brenner s’adressa à lui en ewé et non pas en français. Les militaires comprirent qu’il s’agissait d’un Togolais et non d’un Européen. Ils le renvoyè­rent, non sans que Sylvanus Olympio ait le temps de lui répon­dre, en se débattant : - Je ne sais pas ce que ces hommes me veulent ! De sa fenêtre, au premier étage de leur villa, Mme Olympio avait suivi la scène et s’était précipitée pour aller porter à son mari les exigences des militaires que certains dirigeants politiques du nord étaient venus lui confier dans la nuit. Au moment où elle tournait au coin de la rue qui devait la conduire devant le portail de l’ambassade des États-Unis, elle entendit trois coups de feu et vit les soldats s’enfuir à pied. (La suite est connue)

Son fils Gilchrist Olympio est devenu un des principaux responsables de l'opposition au Togo.


Le Bilan

Le président Olympio ne voulait pas de ces demi-soldes, ceci pour deux raisons essentielles. La première : de principe, il les trouvait anti-indépendantistes. Ces soldats ont combattu sans état d’âme contre le peuple algérien luttant pour son indépendance. La seconde raison est matérielle : Olympio n’entendait pas créer une armée greveuse de budget. Quel chef d’entreprise raisonnable, est capable d’embaucher pour faire plaisir à quelques compatriotes, qui du reste, pouvaient trouver à s’occuper dans d’autres domaines ? C’est ainsi que se résu-mait sa vision du problème. Pour Olympio, la création d’une armée, était le cadet de ses soucis.

La politique olympienne, aussi bien intérieure qu’internationale, était mal comprise et mal acceptée par la base-même du CUT. La volonté du président Sylvanus de faire du CUT, une sorte de parti unique, déplaisait. Le blocage des salaires pour rembourser les dettes contractées par la gestion de l’administration française, exaspérait les travailleurs. Néanmoins, il y eut à l’intérieur du pays, quelques manifestations de protestation. De Kpalimé, le bastion du CUT, une partie de la population avait commencé à descendre sur Lomé pour barrer la route aux putschistes. Les meneurs de ce groupe de Kpalimé seront arrêtés.


La date du 13 janvier au Togo

La date du 13 janvier est considérée au Togo comme une fête nationale par le régime RPT mais qui selon eux fait référence a la date du 13 janvier 1967, date a laquelle Eyadema arriva au pouvoir. À ce jour l'assassinat de Sylvanus Olympio n'a fait l'objet d'aucune enquête officielle.


Milice du CUT

Le CUT avait une milice a sa solde mais qui ne commetait aucune exaction ou violence grave (se comportant plutôt comme une police des rues).


MOLIERE

Posté le 13.10.2007 par awassapaul
Acte I - Scène I
Madame Pernelle et Flipote sa servante, Elmire, Mariane, Dorine, Damis, Cléante

Madame Pernelle

Allons, Flipote, allons, que d'eux je me délivre.

Elmire

Vous marchez d'un tel pas qu'on a peine à vous suivre.

Madame Pernelle

Laissez, ma bru, laissez, ne venez pas plus loin:

Ce sont toutes façons dont je n'ai pas besoin.

Elmire

De ce que l'on vous doit envers vous on s'acquitte.

Mais, ma mère, d'où vient que vous sortez si vite?

Madame Pernelle

C'est que je ne puis voir tout ce ménage-ci,

Et que de me complaire on ne prend nul souci.

Oui, je sors de chez vous fort mal édifiée:

Dans toutes mes leçons j'y suis contrariée,

On n'y respecte rien, chacun y parle haut,

Et c'est tout justement la cour du roi Pétaut.

Dorine

Si...

Madame Pernelle

Vous êtes, mamie, une fille suivante

Un peu trop forte en gueule, et fort impertinente:

Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis.

Damis

Mais...

Madame Pernelle

Vous êtes un sot en trois lettres, mon fils;

C'est moi qui vous le dis, qui suis votre grand'mère;

Et j'ai prédit cent fois à mon fils, votre père,

Que vous preniez tout l'air d'un méchant garnement,

Et ne lui donneriez jamais que du tourment.

Mariane

Je crois...

Madame Pernelle

Mon Dieu, sa soeur, vous faites la discrette,

Et vous n'y touchez pas, tant vous semblez doucette;

Mais il n'est, comme on dit, pire eau que l'eau qui dort,

Et vous menez sous chape un train que je hais fort.

Elmire

Mais, ma mère,...

Madame Pernelle

Ma bru, qu'il ne vous en déplaise,

Votre conduite en tout est tout à fait mauvaise;

Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux,

Et leur défunte mère en usoit beaucoup mieux.

Vous êtes dépensière; et cet état me blesse,

Que vous alliez vêtue ainsi qu'une princesse.

Quiconque à son mari veut plaire seulement,

Ma bru, n'a pas besoin de tant d'ajustement.

Cléante

Mais, Madame, après tout...

Madame Pernelle

Pour vous, Monsieur son frère,

Je vous estime fort, vous aime, et vous révère;

Mais enfin, si j'étois de mon fils, son époux,

Je vous prierois bien fort de n'entrer point chez nous.

Sans cesse vous prêchez des maximes de vivre

Qui par d'honnêtes gens ne se doivent point suivre.

Je vous parle un peu franc; mais c'est là mon humeur,

Et je ne mâche point ce que j'ai sur le coeur.

Damis

Votre Monsieur Tartuffe est bien heureux sans doute...

Madame Pernelle

C'est un homme de bien, qu'il faut que l'on écoute;

Et je ne puis souffrir sans me mettre en courroux

De le voir querellé par un fou comme vous.

Damis

Quoi? je souffrirai, moi, qu'un cagot de critique

Vienne usurper céans un pouvoir tyrannique,

Et que nous ne puissions à rien nous divertir,

Si ce beau Monsieur-là n'y daigne consentir?

Dorine

S'il le faut écouter et croire à ses maximes,

On ne peut faire rien qu'on ne fasse des crimes;

Car il contrôle tout, ce critique zélé.

Madame Pernelle

Et tout ce qu'il contrôle est fort bien contrôlé.

C'est au chemin du Ciel qu'il prétend vous conduire,

Et mon fils à l'aimer vous devroit tous induire.

Damis

Non, voyez-vous, ma mère, il n'est père ni rien

Qui me puisse obliger à lui vouloir du bien:

Je trahirois mon coeur de parler d'autre sorte;

Sur ses façons de faire à tous coups je m'emporte;

J'en prévois une suite, et qu'avec ce pied plat

Il faudra que j'en vienne à quelque grand éclat.

Dorine

Certes, c'est une chose aussi qui scandalise,

De voir qu'un inconnu céans s'impatronise,

Qu'un gueux qui, quand il vint, n'avoit pas de souliers

Et dont l'habit entier valoit bien six deniers,

En vienne jusque-là que de se méconnaître,

De contrarier tout, et de faire le maître.

Madame Pernelle

Hé! merci de ma vie? il en iroit bien mieux,

Si tout se gouvernoit par ses ordres pieux.

Dorine

Il passe pour un saint dans votre fantaisie:

Tout son fait, croyez-moi, n'est rien qu'hypocrisie.

Madame Pernelle

Voyez la langue!

Dorine

A lui, non plus qu'à son Laurent,

Je ne me fierois, moi, que sur un bon garant.

Madame Pernelle

J'ignore ce qu'au fond le serviteur peut être;

Mais pour homme de bien, je garantis le maître.

Vous ne lui voulez mal et ne le rebutez

Qu'à cause qu'il vous dit à tous vos vérités.

C'est contre le péché que son coeur se courrouce,

Et l'intérêt du Ciel est tout ce qui le pousse.

Dorine

Oui; mais pourquoi, surtout depuis un certain temps,

Ne sauroit-il souffrir qu'aucun hante céans?

En quoi blesse le Ciel une visite honnête,

Pour en faire un vacarme à nous rompre la tête?

Veut-on que là-dessus je m'explique entre nous?

Je crois que de Madame il est, ma foi, jaloux.

Madame Pernelle

Taisez-vous, et songez aux choses que vous dites.

Ce n'est pas lui tout seul qui blâme ces visites.

Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez,

Ces carrosses sans cesse à la porte plantés,

Et de tant de laquais le bruyant assemblage

Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage.

Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien;

Mais enfin on en parle, et cela n'est pas bien.

Cléante

Hé! voulez-vous, Madame, empêcher qu'on ne cause?

Ce seroit dans la vie une fâcheuse chose,

Si pour les sots discours où l'on peut être mis,

Il falloit renoncer à ses meilleurs amis.

Et quand même on pourroit se résoudre à le faire,

Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire?

Contre la médisance il n'est point de rempart.

A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard;

Efforçons-nous de vivre avec toute innocence,

Et laissons aux causeurs une pleine licence.

Dorine

Daphné, notre voisine, et son petit époux

Ne seroient-ils point ceux qui parlent mal de nous?

Ceux de qui la conduite offre le plus à rire

Sont toujours sur autrui les premiers à médire;

Ils ne manquent jamais de saisir promptement

L'apparente lueur du moindre attachement,

D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie,

Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie:

Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs,

Ils pensent dans le monde autoriser les leurs,

Et sous le faux espoir de quelque ressemblance,

Aux intrigues qu'ils ont donner de l'innocence,

Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés

De ce blâme public dont ils sont trop chargés.

Madame Pernelle

Tous ces raisonnements ne font rien à l'affaire.

On sait qu'Orante mène une vie exemplaire:

Tous ses soins vont au Ciel; et j'ai su par des gens

Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.

Dorine

L'exemple est admirable, et cette dame est bonne!

Il est vrai qu'elle vit en austère personne;

Mais l'âge dans son âme a mis ce zèle ardent,

Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant.

Tant qu'elle a pu des coeurs attirer les hommages,

Elle a fort bien joui de tous ses avantages;

Mais, voyant de ses yeux tous les brillants baisser,

Au monde, qui la quitte, elle veut renoncer,

Et du voile pompeux d'une haute sagesse

De ses attraits usés déguiser la foiblesse.

Ce sont là les retours des coquettes du temps.

Il leur est dur de voir déserter les galants.

Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude

Ne voit d'autre recours que le métier de prude;

Et la sévérité de ces femmes de bien

Censure toute chose, et ne pardonne à rien;

Hautement d'un chacun elles blâment la vie,

Non point par charité, mais par un trait d'envie,

Qui ne sauroit souffrir qu'une autre ait les plaisirs

Dont le penchant de l'âge a sevré leurs desirs.

Madame Pernelle

Voilà les contes bleus qu'il vous faut pour vous plaire.

Ma bru, l'on est chez vous contrainte de se taire,

Car Madame à jaser tient le dé tout le jour.

Mais enfin je prétends discourir à mon tour:

Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage

Qu'en recueillant chez soi ce dévot personnage;

Que le Ciel au besoin l'a céans envoyé

Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé;

Que pour votre salut vous le devez entendre,

Et qu'il ne reprend rien qui ne soit à reprendre.

Ces visites, ces bals, ces conversations

Sont du malin esprit toutes inventions.

Là jamais on n'entend de pieuses paroles:

Ce sont propos oisifs, chansons et fariboles;

Bien souvent le prochain en a sa bonne part,

Et l'on y sait médire et du tiers et du quart.

Enfin les gens sensés ont leurs têtes troublées

De la confusion de telles assemblées:

Mille caquets divers s'y font en moins de rien;

Et comme l'autre jour un docteur dit fort bien,

C'est véritablement la tour de Babylone,

Car chacun y babille, et tout du long de l'aune;

Et pour conter l'histoire où ce point l'engagea...

Voilà-t-il pas Monsieur qui ricane déjà!

Allez chercher vos fous qui vous donnent à rire,

Et sans... Adieu, ma bru: je ne veux plus rien dire.

Sachez que pour céans j'en rabats de moitié,

Et qu'il fera beau temps quand j'y mettrai le pied.

(Donnant un soufflet à Flipote.)

Allons, vous, vous rêvez, et bayez aux corneilles.

Jour de Dieu! je saurai vous frotter les oreilles.

Marchons, gaupe, marchons.

L’oeil du régime de Sékou Touré

Posté le 13.10.2007 par awassapaul
L’oeil du régime de Sékou Touré, aquarelle d’Issiaga Bah, réalisée pendant le voyage à Labé avec les deux peintres.

CAMARA LAYE

Posté le 13.10.2007 par awassapaul
“J’ai fréquenté très tôt l’école. Je commençai par aller à l’école coranique, puis, un peu plus tard, j’entrai à l’école française. J’ignorais alors tout du fait que j’allais y demeurer des années et des années, et sûrement ma mère l’ignorait autant que moi, car, l’eût-elle deviné, elle m’eût gardé près d’elle; mais peut-être déjà mon père le savait-il…

Aussitôt après le repas du matin, ma soeur et moi prenions le chemin de l’école, nos cahiers et nos livres enfermés dans un cartable de raphia.

…l’idée de dissipation ne nous effleurait même pas; c’est aussi que nous cherchions à attirer le moins possible l’attention du maître: nous vivions dans la crainte perpétuelle d’être envoyés au tableau.

Ce tableau noir était notre cauchemar: son miroir sombre en reflétait que trop exactement notre savoir; et ce savoir souvent était mince, et quand bien même il ne l’était pas, il demeurait fragile; un rien l’effarouchait. Or, si nous voulions ne pas être gratifiés d’une solide volée de coups de bâton, il s’agissait, la craie à la main, de payer comptant. C’est que le plus petit détail ici prenait son importance: le facheux tableau simplifiait tout; et il suffisait en vérité, dans les lettres que nous tracions, d’un jambage qui ne fût pas à la hauteur des autres, pour que nous fussions invités, soit à prendre, le dimanche, une leçon supplémentaire, soit à faire visite au maîre, durant la récréation, dans une classe qu’on appelait la classe enfantine, pour y recevoir sur le derrière une correction toujours mémorable.”

Extrait de “L’enfant noir ” (1953)

CAMARA LAYE

Posté le 13.10.2007 par awassapaul


« L’enfant noir » de Camara Laye




Récompensé en 1954 du prix Charles Veillon, L’Enfant Noir fait partie de ces œuvres africaines qui ont échappé au thème de la colonisation vue comme acculturation (volontaire ou forcée) par de nombreux auteurs. L'auteur, Camara Laye, nous livre tout simplement la vie d’un enfant africain qui, un peu malgré lui, s’éloigne peu à peu des valeurs, des traditions séculaires du peuple auquel il appartient.

Le personnage principal de l’œuvre commence sa vie à Kouroussa, une petite ville de Guinée- Conakry où il partage la case de sa mère. La concession de son père, dans laquelle il vit, fourmille d’activités diverses ; le petit Camara est donc très tôt en contact avec la vie de la petite communauté à laquelle il appartient. Fils du forgeron le plus réputé de la ville, il est baigné dans un univers un peu mystique et il apprend très tôt que les objets, les animaux, les personnes ne sont pas toujours ce qu’ils ont l’air d’être. Dès ses premières années, il apprend par exemple à reconnaître le serpent noir qui représente le totem de son père et à ne pas s’étonner que sa mère puisse d’une simple injonction rendre docile un cheval récalcitrant.

Il passe aussi beaucoup de temps à Tindican, le village de sa mère, où il retrouve sa grand-mère, ses oncles et aussi ses petits camarades de jeux pour lesquels il est déjà un peu « le garçon de la ville ».

A l’école, comme beaucoup de ses camarades, il subit les brimades des élèves de la « grande classe », ceux qui doivent passer le certificat d’études, jusqu’au jour où son père décide d’intervenir. Quelques temps après cette intervention, le directeur de l’école, jugé trop laxiste par les parents d’élèves, est renvoyé et remplacé. Camara poursuit alors une scolarité sans histoire et passe sans problème ni surprise son certificat d’études.


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Camara Laye




Comme beaucoup d’enfants africains, Camara passe par l’inévitable épreuve d’initiation, qui est dans sa coutume divisée en deux étapes ; il entre dans l’ « association des non-initiés », qui rassemble les adolescents incirconcis âgés de douze à quatorze ans. Quelques temps plus tard, Camara doit subir l’épreuve de la circoncision. Il s’attarde beaucoup sur cette dernière, qui représente de manière significative aux yeux de la tradition la « naissance à la vie d’homme ». Camara raconte la semaine qui précède sa circoncision, mettant beaucoup l’accent sur les diverses danses et l’esprit de fête qui entourent cet événement, ainsi que sur la nervosité croissante des futurs circoncis. Le jeune garçon commence à saisir sa nouvelle condition d’homme lorsque, en rentrant après la période de convalescence consécutive à sa circoncision, il découvre sa case à lui, désormais séparée de celle de sa mère, bien que proche de celle-ci. Camara éprouve alors une satisfaction teintée de tristesse ; satisfaction d’être un homme, d’avoir « l’âge de raison ». Mais tristesse d’être un homme, de s’éloigner de façon inéluctable de sa mère, de la simplicité de son enfance.

A quinze ans, Camara quitte sa famille pour Conakry, la capitale, où il doit suivre un enseignement technique à l’école Georges Poiret. Il est accueilli de façon chaleureuse par le frère de son père qui, avec ses femmes et ses enfants, lui donne un nouveau foyer dans lequel il se sent vite à l’aise, après une première année d’adaptation difficile.




« L’enfant noir » a été traduit en plusieurs langues




Ses années loin de sa maison, de ses parents, marquent le début de son émancipation réelle en tant qu’homme. Ses séjours à Kouroussa deviennent alors l’occasion de rencontrer ses amis d’enfance, d’affiner des amitiés anciennes et de s’amuser comme tous les jeunes garçons de son âge.

Après l’obtention de son certificat d’études professionnelles, Camara convainc ses parents de le laisser aller en France pour y poursuivre ses études. Il est, encore une fois, à un stade de sa vie où la joie de ses futures découvertes le dispute à la tristesse de savoir qu’il ne reverra pas les personnes qu’il aime avant un certain temps, et il va vers la France, vers son avenir, la tête haute mais les larmes aux yeux.

Dans ce roman, Camara Laye rend de façon simple sans fioritures inutiles la réalité d’un monde qui change. Il se rend compte, dès son enfance, qu’il ne sera pas forgeron comme son père, que celui-ci a pour lui d’autres objectifs et souhaite que son fils aîné puisse saisir la chance que lui-même n’a pas eue de recevoir une éducation scolaire. Camara, qui est un enfant sensible, ressent à travers son quotidien que la vie n’est plus la même. Il sent qu’il ne pourra pas s’inscrire dans le fil de l’histoire de sa famille, que certains de ces secrets que les hommes d’une famille se transmettent de génération en génération, certains de ces mystères qu’il a observés avec ses yeux d’enfants, resteront toujours à ses yeux des secrets, des mystères qu’il n’aura pas percés ; Camara laisse donc derrière lui, en allant à l’école française, puis à Conakry et en France, plus que sa famille : il laisse aussi un peu de son histoire.

Avec ce livre qui, presque malgré son auteur, reflète ce que la présence européenne, même discrète, a pu apporter comme changements dans des traditions un peu figées, certes, mais qui représentent souvent la « personnalité » des peuples, on ne peut que se demander, encore une fois, si dans un monde où l’occidentalisation semble être devenue le mot d’ordre de tout le continent africain, où les cultures locales se perdent au profit de la sacro-sainte « mondialisation », il ne faudrait pas parfois penser à s’arrêter un instant d’ « évoluer », le temps de garder ce qu’il nous reste de notre culture, d’acquérir de nos parents les valeurs qui font la personnalité de nos tribus pour pouvoir, à notre tour les transmettre à nos descendants. Pour que l’Afrique reste un continent à part entière et que les cultures africaines ne deviennent pas un reflet mal dégrossi de celles qui nous ont été imposées à l’origine mais dont nous nous faisons des modèles à égaler, des idéaux établis, au fil du temps.


CAMARA LAYE

Posté le 13.10.2007 par awassapaul
Récompensé en 1954 du prix Charles Veillon, L’Enfant Noir fait partie de ces œuvres africaines qui ont échappé au thème de la colonisation vue comme acculturation (volontaire ou forcée) par de nombreux auteurs. L'auteur, Camara Laye, nous livre tout simplement la vie d’un enfant africain qui, un peu malgré lui, s’éloigne peu à peu des valeurs, des traditions séculaires du peuple auquel il appartient.

Le personnage principal de l’œuvre commence sa vie à Kouroussa, une petite ville de Guinée- Conakry où il partage la case de sa mère. La concession de son père, dans laquelle il vit, fourmille d’activités diverses ; le petit Camara est donc très tôt en contact avec la vie de la petite communauté à laquelle il appartient. Fils du forgeron le plus réputé de la ville, il est baigné dans un univers un peu mystique et il apprend très tôt que les objets, les animaux, les personnes ne sont pas toujours ce qu’ils ont l’air d’être. Dès ses premières années, il apprend par exemple à reconnaître le serpent noir qui représente le totem de son père et à ne pas s’étonner que sa mère puisse d’une simple injonction rendre docile un cheval récalcitrant.

Il passe aussi beaucoup de temps à Tindican, le village de sa mère, où il retrouve sa grand-mère, ses oncles et aussi ses petits camarades de jeux pour lesquels il est déjà un peu « le garçon de la ville ».

A l’école, comme beaucoup de ses camarades, il subit les brimades des élèves de la « grande classe », ceux qui doivent passer le certificat d’études, jusqu’au jour où son père décide d’intervenir. Quelques temps après cette intervention, le directeur de l’école, jugé trop laxiste par les parents d’élèves, est renvoyé et remplacé. Camara poursuit alors une scolarité sans histoire et passe sans problème ni surprise son certificat d’études.

Extrait d'une oeuvre de VERONIQUE TADJO

Posté le 13.10.2007 par awassapaul
Cela faisait longtemps que je rêvais d'aller au Rwanda. Non, "rêver" n'est pas le mot. Cela faisait longtemps que je voulais exorciser le Rwanda. Me rendre à l'endroit même où ces images télévisées avaient été filmées. Ces images qui avaient traversé le monde en un éclair et laissé une marque d'horreur dans tous les esprits. Je ne voulais pas que le Rwanda reste un cauchemar éternel, une peur primaire.
Je partais donc avec une hypothèse : ce qui s'était passé nous concernait tous. Ce n'était pas uniquement l'affaire d'un peuple perdu dans le coeur noir de l'Afrique. Oublier le Rwanda après le bruit et la fureur signifiait devenir borgne, aphone, handicapée. C'était marcher dans l'obscurité, en tendant les bras pour ne pas entrer en collision avec le futur.
Bien sûr, je ne formulais pas les choses comme cela. Je voulais juste y aller parce qu'il fallait que j'y aille.

Alfred de Vigny

Posté le 13.10.2007 par awassapaul
Chant de Suzanne au bain

De l'époux bien-aimé n'entends-je pas la voix ?
Oui, pareil au chevreuil, le voici, je le vois.
Il reparaît joyeux sur le haut des montagnes,
Bondit sur la colline et passe les campagnes.

O fortifiez-moi ! mêlez des fruits aux fleurs !
Car je languis d'amour et j'ai versé des pleurs.
J'ai cherché dans les nuits, à l'aide de la flamme,
Celui qui fait ma joie et que chérit mon âme.

O ! comment à ma couche est-il donc enlevé !
Je l'ai cherché partout et ne l'ai pas trouvé.
Mon époux est pour moi comme un collier de myrrhe ;
Qu'il dorme sur mon sein, je l'aime et je l'admire.

Il est blanc entre mille et brille le premier ;
Ses cheveux sont pareils aux rameaux du palmier ;
A l'ombre du palmier je me suis reposée,
Et d'un nard précieux ma tête est arrosée.

Je préfère sa bouche aux grappes d'Engaddi,
Qui tempèrent, dans l'or, le soleil de midi.
Qu'à m'entourer d'amour son bras gauche s'apprête,
Et que de sa main droite il soutienne ma tête !

Quand son cœur sur le mien bat dans un doux transport,
Je me meurs, car l'amour est fort comme la mort.
Si mes cheveux sont noirs, moi je suis blanche et belle,
Et jamais à sa voix mon âme n'est rebelle.

Je sais que la sagesse est plus que la beauté,
Je sais que le sourire est plein de vanité,
Je sais la femme forte et veux suivre sa voie !
" Elle a cherché la laine, et le lin, et la soie.

" Ses doigts ingénieux ont travaillé longtemps ;
" Elle partage à tous et l'ouvrage et le temps ;
" Ses fuseaux ont tissu la toile d'Idumée,
" Le passant dans la nuit voit sa lampe allumée.

" Sa main est pleine d'or et s'ouvre à l'indigent ;
" Elle a de la bonté le langage indulgent ;
" Ses fils l'ont dite heureuse et de force douée,
" Ils se sont levés tous, et tous ils l'ont louée.

" Sa bouche sourira lors de son dernier jour. "
Lorsque j'ai dit ces mots, plein d'un nouvel amour,
De ses bras parfumés mon époux m'environne,
Il m'appelle sa sœur, sa gloire et sa couronne.


La neige
I

Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !
Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s'élance,
Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher
L'immobile corbeau sur l'arbre se balance,
Comme la girouette au bout du long clocher !

Ils sont petits et seuls, ces deux pieds dans la neige.
Derrière les vitraux dont l'azur le protège,
Le Roi pourtant regarde et voudrait ne pas voir,
Car il craint sa colère et surtout son pouvoir.

De cheveux longs et gris son front brun s'environne,
Et porte en se ridant le fer de la couronne ;
Sur l'habit dont la pourpre a peint l'ample velours
L'empereur a jeté la lourde peau d'un ours.

Avidement courbé, sur le sombre vitrage
Ses soupirs inquiets impriment un nuage.
Contre un marbre frappé d'un pied appesanti,
Sa sandale romaine a vingt fois retenti.

Est-ce vous, blanche Emma, princesse de la Gaule ?
Quel amoureux fardeau pèse à sa jeune épaule ?
C'est le page Eginard, qu'à ses genoux le jour
Surprit, ne dormant pas, dans la secrète tour.

Doucement son bras droit étreint un cou d'ivoire,
Doucement son baiser suit une tresse noire,
Et la joue inclinée, et ce dos où les lys
De l'hermine entourés sont plus blancs que ses plis.

Il retient dans son coeur une craintive haleine,
Et de sa dame ainsi pense alléger la peine,
Et gémit de son poids, et plaint ses faibles pieds
Qui, dans ses mains, ce soir, dormiront essuyés ;

Lorsqu'arrêtée Emma vante sa marche sûre,
Lève un front caressant, sourit et le rassure,
D'un baiser mutuel implore le secours,
Puis repart chancelante et traverse les cours.

Mais les voix des soldats résonnent sous les voûtes,
Les hommes d'armes noirs en ont fermé les routes ;
Eginard, échappant à ses jeunes liens,
Descend des bras d'Emma, qui tombe dans les siens.

II

Un grand trône, ombragé des drapeaux d'Allemagne,
De son dossier de pourpre entoure Charlemagne.
Les douze pairs debout sur ses larges degrés
Y font luire l'orgueil des lourds manteaux dorés.

Tous posent un bras fort sur une longue épée,
Dans le sang des Saxons neuf fois par eux trempée ;
Par trois vives couleurs se peint sur leurs écus
La gothique devise autour des rois vaincus.

Sous les triples piliers des colonnes moresques,
En cercle sont placés des soldats gigantesques,
Dont le casque fermé, chargé de cimiers blancs,
Laisse à peine entrevoir les yeux étincelants.

Tous deux joignant les mains, à genoux sur la pierre,
L'un pour l'autre en leur coeur cherchant une prière,
Les beaux enfants tremblaient en abaissant leur front
Tantôt pâle de crainte ou rouge de l'affront.

D'un silence glacé régnait la paix profonde.
Bénissant en secret sa chevelure blonde,
Avec un lent effort, sous ce voile, Eginard
Tente vers sa maîtresse un timide regard.

Sous l'abri de ses mains Emma cache sa tête,
Et, pleurant, elle attend l'orage qui s'apprête :
Comme on se tait encore, elle donne à ses yeux
A travers ses beaux doigts un jour audacieux.

L'Empereur souriait en versant une larme
Qui donnait à ses traits un ineffable charme ;
Il appela Turpin, l'évêque du palais,
Et d'une voix très douce il dit : Bénissez-les.

Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !

Platon

Posté le 12.10.2007 par awassapaul
Platon



Sa vie

Né athénien d'une famille aristocratique aux environs de 427 avant l'ère chrétienne. C'est en ~407 qu'il rencontre Socrate et le fréquente pendant huit ans. Ses écrits démontrent l'énorme influence qu'a eu la vie et la mort de Socrate sur lui. C'est après la mort de Socrate (condamné injustement pour impiété en ~399) que Platon se retira à Mégare. Par la suite il voyagea où il se rendit à Syracuse (Sicile) à la demande du souverain Denys I. Il fonda l'Académie en ~387 où il enseigna pendant les quarantes années qui suivirent. Cette période est marquée par des recherches et des transformations importantes dans sa philosophie. Platon mourut aux environs de ~347.

Ses dialogues

Ses écrits, tous conservés, peuvent être distribués en trois périodes de composition (sont indiqués seulement les dialogues généralement acceptés pour chacune des périodes): la première période comprendrait: Apologie, Criton, Euthypron, Lachès, Charmides, Ion, Hippias Mineur, Lysis, Euthydème; la période moyenne: Ménon, Hippias Majeur, Cratyle, Phédon, Banquet, République; enfin dans la période tardive se retrouveraient: Parménide, Phèdre, Théétète, Sophiste, Politique, Timée, Philèbe, Lois.

Le Criton

Le Criton vise principalement à tracer le portrait d'un personnage: Socrate. Le point le plus frappant le concernant est sans contredit sa conversation. Toute sa vie semble y être consacrée. D'entrée de jeu, son attitude semble conviviale et simple. Mais très rapidement le lecteur du dialogue est impressionné par l'intensité des propos de Socrate. En effet, l'ensemble de ses propos focalise l'attention sur la posture morale requise pour la pratique d'une vie vertueuse. Plus simplement, il se dégage des propos de Socrate, que la vertu est non seulement une manière d'agir mais aussi un moyen de connaissance.

Ainsi Socrate amène Criton à apercevoir la nécessité d'obéir aux lois de la Cité athénienne. Obéir n'est pas une attitude passive mais l'engagement concret exigé par la conviction morale que Socrate a dégagée dans son examen de la justice. Sous la forme d'un questionnement serré (la dialectique) cet examen confronte chaque position de Criton. Ces positions sont des arguments que Socrate transforme en question à laquelle correspond une réponse et une seule. C'est en confrontant l'ensemble des réponses à la position de départ de Criton que Socrate en dévoile la fausseté. L'espace de la conversation socratique est une prise de position issue de la critique de plusieurs arguments.

Cette doctrine toutefois est paradoxale. Nulle part Platon ne spécifie l'objet de cette connaissance. Tout au plus pouvons-nous penser que celle-ci se réfère, dans la vie d'un individu, à la recherche du bonheur. La véritable connaissance est une attitude pratique; faire le mal est un signe d'ignorance. C'est pourquoi, selon Platon, la vertu peut s'apprendre, donc s'enseigner.

La République

Dans la République (dont l'allégorie de la Caverne constitue le livre VII) Platon cherche maintenant à définir la nature de la vertu, plus particulièrement, dans le gouvernement des humains, sa forme politique et éthique: la justice. Cette fois-ci la vertu est considérée sous l'angle de l'Idée (ou Forme éternelle). Considérée avant tout donc comme une hypothèse. Entre autres choses, nous retrouvons aussi dans ce dialogue une théorie de la vérité - il y a autant de degrés de connaissance que de degrés de réalité-, une utopie politique - fondée sur l'âme du sage- ainsi qu'une réflexion sur le Bien et la justice. Platon cherche à définir ce qu'une telle hypothèse implique comme conséquences dans la poursuite d'une vie humaine digne de ce nom. Appliquée à la vertu, cette hypothèse nous permet de considérer le statut privilégié du Bien.

Ainsi l'idée platonicienne est la chose même signifiée par un mot. Elle ne peut être perçue mais seulement conçue (remémorée serait plus juste). Elle est unique, intemporelle, éternelle. C'est pourquoi elle échappe au changement et est supérieure aux choses. La relation de l'Idée avec le mot qui la signifie est une relation d'original à sa copie.

Dans l'allégorie, cette relation est dépeinte sous les traits des prisonniers abusés par le monde des choses et devant s'en détourner, vers les Idées, qui en sont les modèles. Platon parle aussi, à cette période, de participation, c'est-à-dire que pour lui les choses participent des Idées (qui, par ailleurs, leur sont parfaitement distinctes) et c'est pourquoi la réalité, malgré tous les changements trouve là sa stabilité. Ainsi puisque les Idées sont distinctes des choses, notre appréhension des Idées n'est pas la même que celle des choses. Platon marque la différence entre l'opinion (concernant les choses) et la connaissance (s'adressant aux Idées). La connaissance est rationnelle. L'opinion est irrationnelle parce qu'elle fait appel à la conviction. C'est pourquoi la connaissance en tant que faculté rationnelle peut s'enseigner. Mais pas n'importe comment.

Cet enseignement revêt pour Platon la forme d'un processus d'initiation. L'initié sera celui qui, libéré de l'opinion, sortira de la Caverne, acceptera sa connaissance antérieure comme une erreur, contemplera, dans un premier temps, le reflet des choses pour, graduellement, contempler le monde véritable. Après ce processus, de retour dans la Caverne, l'initié, en possession de la connaissance des Intelligibles (les Idées), devra maintenant libérer les autres de l'illusion de la connaissance par l'opinion. Alors seulement il sera philosophe. Il aura réconcilié les deux modes de connaissances et son enseignement sera celui d'une connaissance claire et ordonnée du monde. Il sera donc la preuve vivante que le Bien subordonne tous les autres Intelligibles: c'est la conception du Bien comme valeur suprème, le Bien souverain. Dans l'allégorie, ce trait essentiel du philosophe est symbolisé par la contemplation du soleil.

La connaissance du Bien et du Beau

Pour Platon, cet enseignement prend aussi la forme de la réminiscence, c'est-à-dire que notre âme se rappelle des Idées qu'elle a contemplées lors d'une vie antérieure (la métempsycose), vie où elle ne possédait pas de corps. Par le biais des choses, nous nous souvenons des Idées et la philosophie est la manière d'y parvenir sans confusion. Une autre possibilité semble s'inscrire dans la connaissance, par l'amour envers une belle personne, qui nous mène à l'amour de la sagesse et, de là, à la contemplation de l'Idée du Beau. Cette dernière doctrine se retrouve dans le Banquet.

L'âme

L'enseignement de la philosophie, tel que proposé par Platon, implique donc une âme immortelle. Celle-ci possède trois parties: le siège des instincts naturels, celui de la volonté et du courage et enfin celui de la raison. Cette doctrine implique comme hypothèse que la vertu est l'équilibre et le bon fonctionnement de ces parties. Nous trouvons dans le Phèdre certains détails de cette hypothèse. C'est dans sa dernière période que Platon envisagera la question de la connaissance rationnelle sous l'angle de la vérité et du mensonge.

L'être et le non-être

Dans le Sophiste, Platon poursuit sa grande distinction métaphysique entre l'être et le non-être. Platon à l'âge de soixante ans s'attaque à une question qui bouleversera sa philosophie. Comment des réalités telles la vie, la pensée, le changement peuvent-elles être? Comment le mensonge (tel qu'on peut le retrouver dans un sophisme) peut-il être? Pour Platon, ces contradictions entraînent au plan de la vie vertueuse la plus grande détresse: comment connaître la vérité sans l'ombre d'un doute? Dans la première période de Platon il n'était pas question de l'univers de l'être. Celui-ci parlait du "monde des Intelligibles" modèle des choses sensibles. Les Idées (du monde des Intelligibles) étaient caractérisées par le repos et les choses (du monde sensible) par le mouvement. Platon maintenant construit une nouvelle théorie.

La vie, la pensée, le changement, le mensonge et l'erreur, tout cela existe. Et précisément là, dans cette existence, Platon trouve la solution aux contradictions qui hantaient sa philosophie antérieure. L'existence, pour être, nécessite un mouvement, un mélange entre les différentes réalités. Chaque réalité communique avec d'autres réalités et retrouve ainsi un nouvel élan. C'est pourquoi il est possible de dire "A est B". L'être devient une véritable puissance qui amène les réalités à se mélanger. C'est ce mélange qui fait que les choses sont.

La philosophie: réponse aux sceptiques

Platon trouve donc une réponse révolutionnaire aux questions qui entraînaient le scepticisme. Chaque chose est différente (autre) des autres choses. Ainsi le non-être peut exister puisqu'il a l'être comme différence (comme autre) et par le fait même l'être n'est pas l'ensemble des choses mais chacune d'elles. Le mensonge et l'erreur existent donc mais ils sont "ce qui ne doit pas être": ils ne doivent surtout pas être enseignés comme la vérité.

La philosophie menant à une vie heureuse, produit la connaissance vraie et essentielle. Celle-ci, comme nous l'indique le Philèbe se résume en l'unité "de la beauté, de la symétrie(harmonie) et de la vérité." Dans la République, cette unité revêt l'idéal du communisme intégral. Nous voyons que la méthode dialectique est la manière dont Platon aborde l'introspection et la réforme des opinions et des préjugés inhérents à la vie humaine, c'est-à-dire à son existence dans une cité. Il cherche avant tout à éviter le scepticisme vis-à-vis l'état de la connaissance et de l'action humaine.

Bilan

Si Platon est entré dans la vie publique par le même fond culturel que tous les Athéniens de son temps, il en aura marqué les mutations d'une manière profonde et durable. Encore aujourd'hui, pour plusieurs, la connaissance du monde implique cette position platonicienne: pour prétendre à la vérité, une connaissance authentique doit reconnaître l'Idée derrière toutes les apparences sensibles. C'est pourquoi lire Platon maintenant illustre l'aphorisme de Nietzsche selon lequel "apprendre nous transforme."

© CVM, 1997

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