Koné Et Muriel
par Paul
Les cheminées fumantes enveloppaient Abidjan d'une brume artificielle, et firent tousser Koné. Celui-ci marchait, de plus en plus vite, gagné par l'excitation... Il traversa le zoo, et bizarrement sourit au lion qui le regardait d'un oeil morne. Plus vite qu'il ne l'aurait pensé, il se retrouva devant la porte.
Sans attendre, il sonna. Quelques secondes s'écoulèrent. Les tempes de Koné battaient. Comme personne n'ouvrait, il sonna une nouvelle fois. Mais rien ne se passa. Il frappa, sonna, frappa, sonna encore et encore... puis il décida d'attendre.
Il attendit une heure. Puis deux. Au bout de trois heures, désespéré, il se leva, et après avoir sonné une dernière fois, tourna les talons et s'en alla. Mais à peine fut-il en route qu'un bruit de verrou attira son attention. Il fit volte-face, et aperçut Muriel sur le pas de la porte.
- Je... excuse-moi, dit-elle. Je suis désolée, je... je...
- Tu es si belle, la coupa Koné.
- Entre, ajouta Muriel.
Koné pénétra dans la salle à manger avant de se laisser choir dans un fauteuil. Puis il fixa Muriel. Celle-ci était debout près de lui. Lui tremblait d'émotion. Elle, ne disait rien. Il se leva, s'approcha d'elle.
- Muriel...
Elle détourna la tête.
- Muriel, répéta-t-il.
Alors elle le regarda. Au moment où leurs regards se croisaient, leurs lèvres se touchèrent.
- Euh... bredouilla Koné.
Mais les mots ne venaient pas... alors Muriel passa sa main derrière la nuque de son ami, et l'embrassa. Cela dura une éternité. C'était la première fois qu'ils ressentaient une telle émotion, et ils ne s'arrêtaient plus.
Puis lorsque les premières étoiles scintillèrent dans leurs yeux épuisés, leurs lèvres se quittèrent. Comme deux plongeurs en apnée, ils reprirent leur souffle en même temps que leurs émotions.
- Je t'aime, dit Koné.
- Je t'aime aussi, dit Muriel.
Cette phrase, ils se l'étaient répétée des milliers de fois. Mais jamais elle n'avait perdu de son sens.
- Cela ne fait que quelques jours que nous nous sommes vus, et je voulais que tu saches que tu es mon premier amour. Le premier et le dernier.
- Il en est de même pour moi, mon chéri, déclara Muriel. Personne ne pourra remplacer ton si tendre sourire. Tu es unique, grâce à plein de petites choses. Personne n'a ta démarche, Personne n'a tes cheveux. Personne n'imite aussi bien que toi le cri du éléphant. Personne ne connait l'histoire de Abidjan aussi bien que toi. Personne à part toi ne m'a jamais dit que j'étais séduisante. Bref, personne à part toi ne mérite d'être dans mon coeur.
- Ma puce... Muriel...
Mais il ne put continuer. Une fois de plus, leurs lèvres se rejoignirent. Ils déliraient presque tant la fièvre les gagnait... ils étaient en haut d'un sapin, en train de aimer à l'air libre. Près d'eux, Corneille chantait ''ça Arrive'' en les regardant. Comme frappé d'un coup de foudre, Koné fasciné eut à peine le temps d'apercevoir, dans un éclair, comme dans une toile de Zabalou Mon Père De L'internat, Muriel réincarnée en sirène... Ecume bouclée, vagues ébouriffées, ciel baigné de nuages qui font cligner la lune, commissures nacrées de lèvres de coquillages, le sourire émaillé de corail blanc, la voix lactée et les seins nus étoilés de mer... tout disparut lorsque Koné rouvrit les yeux.
- Muriel...
- Oui?...
- Muriel... veux-tu m'épouser?...
- Oui... fit-elle doucement.
Ils restèrent ainsi toute la nuit à se regarder dans le blanc des yeux. Parfois, ils s'embrassaient. Parfois, ils parlaient.
- Ne me quitte jamais, disait Koné.
- Je ne te quitterai jamais. Tu es bien trop beau pour que je te quitte, répondait Muriel. Tu es l'opposé de la bêtise, de la brutalité... tu vaux bien plus que ce rustre de Xavier. Je ne sais pas comment j'ai fait pour lui trouver du charme.
Et ils s'embrassaient. Puis ils s'embrassaient une nouvelle fois.
Puis ils se promirent de s'aimer éternellement, et l'éternité commença pour eux.