Koné Et Muriel
par Paul
Les cheminées fumantes enveloppaient Abidjan d'une brume artificielle, et firent tousser Koné. Celui-ci marchait, de plus en plus vite, gagné par l'excitation... Il traversa le zoo, et bizarrement sourit au lion qui le regardait d'un oeil morne. Plus vite qu'il ne l'aurait pensé, il se retrouva devant la porte.
Il sortit ses clefs, fit tourner le verrou, et entra.
- Muriel, tu es là? Appela-t-il.
Un bruit de pas précipités se fit entendre. Peu après, elle apparut dans le couloir.
- Donne ton manteau, je vais te débarrasser, dit-elle.
- Tu es si belle, répondit simplement Koné.
- Tu viens? Fit gaiement Muriel.
Koné pénétra dans la salle à manger avant de se laisser choir dans un fauteuil.
Il ferma les yeux, et bailla.
- Viens sur mes genoux, dit-il à Muriel. Je vais te raconter quelque chose.
Celle-ci obtempera, et fit comme si elle ne se doutait de rien. Mais elle savait exactement ce qui allait se passer. D'ailleurs, elle ne fut pas sitôt près de lui qu'il la serra dans ses bras et se mit à l'embrasser fougueusement. Peu après, elle le regarda et lança:
- Tu es tellement prévisible que tu en es touchant!
- Ah oui? Fit Koné. Ça, c'est ce que tu crois. Car j'ai la preuve du contraire.
- J'aimerais bien voir ça!
- Viens, je vais te le dire en secret... dit-il.
Mais Muriel, pas dupe, se jeta sur lui avant qu'il n'ait eu le temps de tenter quoi que ce soit, et l'embrassa à son tour.
Plusieurs minutes s'écoulèrent. Puis Muriel poussa un soupir qui résonna dans la pièce comme une brise sur l'océan. Koné en profita pour articuler, le coeur battant:
- Je t'aime.
Son amie le regarda.
- C'est vrai?
- Plusieurs décennies se sont écoulées depuis que je t'ai connue. Et je n'ai jamais aimé une femme autant que toi. Car les autres étaient des femmes ordinaires.
- Il en est de même pour moi, mon chéri, déclara Muriel. Personne ne pourra remplacer ton si tendre sourire. Tu es unique, grâce à plein de petites choses. Personne n'a ta démarche, Personne n'a tes cheveux. Personne n'imite aussi bien que toi le cri du éléphant. Personne ne connait l'histoire de Abidjan aussi bien que toi. Personne à part toi ne m'a jamais dit que j'étais séduisante. Bref, personne à part toi ne mérite d'être dans mon coeur.
- Ma puce... Muriel...
Mais il ne put continuer. Une fois de plus, leurs lèvres se rejoignirent. Ils déliraient presque tant la fièvre les gagnait... ils étaient en haut d'un sapin, en train de aimer à l'air libre. Près d'eux, Corneille chantait ''ça Arrive'' en les regardant. Comme frappé d'un coup de foudre, Koné fasciné eut à peine le temps d'apercevoir, dans un éclair, comme dans une toile de Zabalou Mon Père De L'internat, Muriel réincarnée en sirène... Ecume bouclée, vagues ébouriffées, ciel baigné de nuages qui font cligner la lune, commissures nacrées de lèvres de coquillages, le sourire émaillé de corail blanc, la voix lactée et les seins nus étoilés de mer... tout disparut lorsque Koné rouvrit les yeux.
- Notre mariage a été la plus merveilleuse idée de notre vie, murmura Muriel.
- Je suis bien d'accord avec toi...
Ils restèrent ainsi toute la nuit à se regarder dans le blanc des yeux. Parfois, ils s'embrassaient. Parfois, ils parlaient.
- Ne me quitte jamais, disait Koné.
- Je ne te quitterai jamais. Tu es bien trop beau pour que je te quitte, répondait Muriel. Tu es l'opposé de la bêtise, de la brutalité... tu vaux bien plus que ce rustre de Xavier. Je ne sais pas comment j'ai fait pour lui trouver du charme.
Et ils s'embrassaient. Puis ils s'embrassaient une nouvelle fois.
Puis ils se promirent de s'aimer éternellement, et l'éternité commença pour eux.