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Un Suivant de Cheikh Anta Diop : Aboubacry Moussa Lam

Posté le 19.05.2008 par awassapaul
Aboubacry Moussa Lam est surtout connu pour avoir été l’assistant personnel du professeur Cheikh Anta Diop, entre 1981 et 1986. Docteur d’Etat ès Lettre, formé à l’UCAD et à la Sorbonne, Il enseigne aujourd’hui à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

Egyptologue averti et chercheur infatigable, c’est un brillant spécialiste des relations culturelle, linguistique et historique entre l’Egypte ancienne et l’Afrique noire. Ses travaux illustrent la combativité, la rigueur et l’esprit scientifique que souhaite partager l’école africaine d’égyptologie fondée par Cheikh Anta Diop et la jeunesse panafricaine, désireuse de renouer avec ses Humanités Classiques Africaines.

Les origines africaines de la monnaie

Posté le 19.05.2008 par awassapaul
L’invention de la monnaie en Afrique pharaonique est une thématique que la jeunesse africaine, passionnée par l’économie et les échanges internationaux, devrait creuser pour mieux reconstruire notre Mémoire Historique et vivifier nos Humanités Classiques Africaines.


Lorsqu’il s’agit d’aborder les thématiques de la comptabilité, de l’économie, de la fiscalité ou du droit, les manuels scolaires occidentaux distillés aux étudiants, font l’impasse sur les racines africaines de ces disciplines et ainsi maintiennent dans l’ombre, l’énorme progrès intellectuel accompli par les Africains de la période pharaonique. Et au vu de la période historique dont il est question (+- 2000 avant J. C.), il s’agit plutôt d’innovations.

Ainsi, la question de la monnaie et de son utilisation en Afrique ancienne reste prisonnière de cette approche eurocentriste de l’histoire d’où la nécessité pour nous, d’explorer cette question.


1- La perception culturelle des métaux précieux

Pour les Africains anciens, certains métaux avaient beaucoup plus de valeurs que les autres. C’est le cas par exemple, de l’or et de l’argent qui revêtaient une symbolique culturelle et spirituelle particulière.

En effet, si l’or représentait la « Chair » même des Divinités (chair lumineuse et scintillante révélée par les rayons du soleil) et des hommes justifiés par Maât [1], l’argent symbolisait lui, la robustesse des os de ces mêmes Divinités créées autrefois par le Dieu unique : Amon.

Ainsi, dans l’art pharaonique, il est très fréquent par exemple de voir les femmes peintes en jaune pour souligner leur aspect divin. Il s’agit en fait de la poudre d’or qui recouvre leur peau noire.

2- Transaction et monnaie en Afrique pharaonique

2.1- Généralités

Les Noirs de l’époque pharaonique désignaient globalement sous l’appellation « argent », tous les types de paiement. Ceux-ci étaient à l’époque, relativement divers (lingots d’or, pièce d’étoffes, cruche d’huile, sac de céréales, pain, etc...).

Chaque type de produit ayant une valeur propre et transactionnelle, il n’était pas rare de voir un débiteur régler sa dette à son créancier en combinant deux, trois voire plusieurs de ces moyens de paiement, selon un « dosage » précis pour parvenir au montant exact de la créance.

La documentation des anciens dévoile par exemple qu’une mesure (héqat) d’huile valait 2 sacs (khars) d’orge ou 3 khars de blé amidonnier.

Sous Ramsès II, 1 khar de céréales valait 0.48 litre d’huile tandis qu’un khar valait 76,88 litres divisible en 16 héqat de 4,80 litres ou 4 quadruples héqat (ou oipè) de 19,22 litres. Cependant, on constate que le rapport de valeur entre ces produits a subit quelques évolutions au fil du temps.

En guise d’exemple, le décompte des salaires versés aux ouvriers travaillant dans la Vallée des Rois (contremaîtres, carriers, tailleurs de pierre, charpentiers, sculpteur, peintres et manœuvres) s’appuie essentiellement sur la remise de sacs de céréales : "Salaire pour le 2ème mois de l’été : le contremaître 7 sacs ½ ; le scribe 7 sacs ½ ; chacun des 17 ouvriers 5 sacs ½ ; soit 93 sacs ½ ; les deux jeunes chacun 2 sacs, soit 4 sacs ; le gardien 4 sacs ½ ; les servantes (ensemble) 3 sacs, le potier 1 sac ½ ; le médecin 1 sac ½".

Pour le professeur Théophile Obenga [2], "Soustrait de la production des biens alimentaires, ces ouvriers recevaient de la part de l’administration pharaonique, quotidiennement pour se nourrir du pain, de la bière, du poisson, des dattes et des légumes et à l’occasion de fêtes particulières, de la viande. L’eau potable leur était également fournie chaque jour. Ils étaient ravitaillés aussi en vêtements et en sandales (...) Chaque artisan recevait (...) un salaire déterminé sous forme de céréales, parfois aussi en métal précieux. La paie, assurée par le Trésor Royal, avait lieu au début du mois, par anticipation. Les céréales faisaient office de monnaie".

Il convient de noter que cette rémunération sous forme de sacs de céréales est attestée en Afrique noire dès l’Ancien Empire, soit vers 2800 avant J. C.

Autre exemple, un texte nous révèle qu’un peintre de Deir el Médina, a reçu comme paiement pour la réalisation d’un sarcophage, des produits dont la valeur est notifiée en rapport à une monnaie étalon, à savoir le Séniou. Le décompte de son salaire est donc le suivant :

"Un vêtement tissé d’une valeur de 3 séniou (poids d’argent d’environ 7.6 g) ; un sac d’une valeur de ½ sac de céréales, une natte avec couverture, soit ½ séniou et un vase de bronze valant ½ séniou".

Enfin, sur le tombeau du prêtre juge Kai, un texte nous informe sur la façon dont il a rémunéré ses artisans : "Je les ai payé (les ouvriers) en bière et en pain et leur ai fait jurer qu’ils étaient satisfaits".



2.2 Terminologie

Les Kamites de l’époque pharaonique utilisaient aussi le terme « argent » en faisant référence à une monnaie en métal qui représentait le terme de l’échange. Ce mot « argent » rendu par « Hedj » désignait le métal blanc et brillant (Hedj = blanc).

Cette référence au blanc on la retrouve dans le mot « Hedjet » qui est le nom de la couronne blanche du sud que portait pharaon et « Hedj » la massue du roi qui lui servait à terrasser ses ennemis.

On constate alors qu’un lexique hiéroglyphique relativement étoffé, était utilisé dans le cadre des relations commerciales en Egypte ancienne :

Di hedj = Donner de l’argent
Swn = Prix
Swn = Faire du commerce (autre sens)
Inin = Acquérir, acheter
Shouty = Vendeur (un)
Swnt = Vente
Montant total d’une somme = Demedj hedj
Somme des totaux = Demedj hedj neb
Solde d’un paiement = Pa peh hedj

Si l’or qui servait aussi aux échanges commerciaux, provenait essentiellement de la Nubie, l’argent provenait plutôt de l’Asie Mineur. Ainsi, le rapport or/argent était de 2/1 sous tout le Nouvel Empire.

Mais pour rendre fonctionnel le système financier de l’Afrique pharaonique, il a fallu très tôt statuer sur une unité monétaire. Ainsi, cette unité monétaire appelé « Shâty » depuis l’Ancien Empire, était représentée par un anneau d’argent de 7,6 g qui devint même par la suite une monnaie de compte [3].

D’autre part, pour définir la valeur d’un bien (une maison, un terrain, etc...), les Africains anciens utilisaient le « Shenâ » (ou Shenâou, Shenât, Shenâty), un indice monétaire qui servait à évaluer les valeurs abstraites de bon nombre de biens. Le « Séniou », un poids d’argent d’environ 7.6 g, était aussi utilisé dans le cadre de transactions pour évaluer la valeur d’une denrée par exemple.

Sous le Moyen Empire, un autre étalon servait pour le calcul du poids et de la valeur des métaux précieux, c’est le « Dében », un poids de cuivre de 27,5 g. Ainsi, un Dében d’or valait ½ Dében de cuivre, soit 13,79 g. Des pierres polies d’une taille et d’un poids précis, permettaient aussi, à l’aide de balances, de calculer le poids et la valeur des métaux. [4].

Comme le souligne Bernadette Menu [5], les trois fonctions de la monnaie à savoir la thésaurisation, l’évaluation et l’échange transactionnel était parfaitement assurées en Egypte ancienne.

Compte tenu de ces données, il reste étonnant que certains affirment que l’argent ou la monnaie, n’existaient pas à Kemet. Cet article démontre bien le contraire. Et ce n’est pas tout. La monnaie frappée apparaîtra aussi en Egypte vers le VIème siècle avant J. C.

Reste à l’Afrique à récupérer son ancienne terminologie monétaire et à retrouver son prestige d’autrefois, le jour où des gens sérieux comprendront que le Franc CFA est une ignominie qui sert de base morale au racket international du continent !

Cheikh Anta Diop

Posté le 19.05.2008 par awassapaul
Ainsi l’impérialisme, tel le chasseur de la préhistoire, tue d’abord spirituellement et culturellement l’être, avant de chercher à l’élimener physiquement. La négation de l’histoire et des réalisations intellectuelles des peuples africains noirs est le meurtre culturel, mental, qui a déjà précédé et préparé le génocide ici et là dans le monde.

Cheikh Anta Diop
Civilisation ou Barbarie, Présence Africaine, Paris, 1981, p. 10

Théophile Obenga

Posté le 18.05.2008 par awassapaul
La prise de conscience de l’histoire est un double acte : (a) acquérir une conscience de plus en plus aïgue de la profondeur historique du monde tel qu’il a vécu ; (b) et aussi, corrélativement, acquérir une conscience de participer à l’histoire, de faire l’histoire. La conscience historique est de l’ordre de l’éveil, de la possibilité de choix, c’est-à-dire, en bref, de l’ordre même de la liberté. Les "accidents" de l’histoire (traite négrière, colonisation, traumatismes économiques, politiques, culturels, psychologiques) ont rendu le peuple africain noir amnésique : la mémoire historique collective du peuple africain a été atteinte, profondément. Cheikh Anta Diop a entrepris une oeuvre fondamentale pour la restauration de la conscience historique africaine.

Cheikh Anta Diop, Volney et le Sphinx, Présence Africaine/Khepera, p.359

Theophile Obenga

Posté le 18.05.2008 par awassapaul
La démarche africaine, en interrogeant le passé africain, des origines à nos jours, est celle-ci : connaître par soi-même tout son passé (glorieux ou non) sur toute l’étendue du continent africain, évaluer les accomplissements par les ancêtres, étudier leurs succès et leurs échecs, leurs valeurs et leurs idéaux, comprendre philosophiquement et économiquement la traite négrière (le plus grand crime contre l’humanité commis par l’Europe entière), rechercher l’unité, la solidarité et l’intégration africaine, bâtir la Renaissance Africaine dans le contexte global du monde d’aujourd’hui.
Le sens de la lutte contre l’africanisme eurocentriste, p. 51

Cheikh Anta Diop

Posté le 18.05.2008 par awassapaul
Civilisation ou Barbarie, page 12, Editions Présence Africaine 1981

Loin d’être une déléctation sur le passé, un regard vers l’Egypte antique est la meilleure façon de concevoir et de bâtir notre futur culturel. L’Egypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-romaines.

Aimé Césaire

Posté le 18.05.2008 par awassapaul
Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.(...) Le fait est que la civilisation dite "européenne", la civilisation "occidentale", telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les deux problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que déférée à la barre de la "raison" comme à la barre de la "conscience", cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.

Discours sur le colonialisme, Présence Africaine p. 7

Cheikh Anta Diop

Posté le 18.05.2008 par awassapaul
Les intellectuels doivent étudier le passé non pour s’y complaire, mais pour y puiser des leçons ou s’en écarter en connaissance de cause si cela est nécessaire. Seule une véritable connaissance du passé peut entretenir le sentiment d’une continuité historique, indispensable à la consolidation d’un état multi-national.

L’unité culturelle de l’Afrique Noire p.9 Ed.Présence Africaine

Molefi Kete Asante

Posté le 18.05.2008 par awassapaul
Nous les Africains d’outre-mer avons une conscience aiguë de la nécessité de recouvrer l’Afrique. Il s’agit là d’une connexion historique que l’on ne doit pas prendre à la légère, l’Afrique peut se sauver grâce à cette idéologie panafricaine. De tous les continents, l’Afrique est souvent apparue comme totalement déconcertée par ses enfants, semés de par le globe. Ceci est dû en grande partie à l’état de confusion dans lequel les enfants de l’Afrique eux-mêmes se trouvent. Souvent détachés et isolés de l’Afrique, nous assumons une nouvelle identité, et sommes doublement perdus, zombies au milieu de villes de pierres et d’acier dans les Amériques. Et pourtant, il est impératif que l’Africain en Colombie, l’Africain au Brésil, l’Africain en Guadeloupe, et l’Africain à la Jamaïque soient inclus dans le projet de l’Afrique. De même que l’européen australien qui vit à des centaines de kilomètres de l’Europe participe au projet culturel européen, l’Africain doit faire partie du projet culturel de l’Afrique, que ce soit à Cuba, ou aux Etats-Unis, à Haïti, ou au Nicaragua, en Martinique, au Mexique ou en Guyane.

L’Afrocentricité, Ed. Menaibuc 2003, p.185

Patrice Lumumba

Posté le 18.05.2008 par awassapaul
Conférence à Kinshasa, Août 1960

A quoi nous aurait servi d’ailleurs de tarder, de pactiser davantage alors que nous avions pris conscience de ce que, tôt ou tard, il nous faudrait tout revoir, tout repenser par nous-mêmes, créer des structures nouvelles adaptées aux exigences d’une évolution proprement africaine et reconvertir les méthodes qui nous avaient été imposées, et surtout nous retrouver nous-mêmes, nous débarrasser d’attitudes mentales, de complexes, d’habitudes dans lesquels la colonisation nous avait maintenus durant des siècles ? Le choix qui nous a été offert n’était pas autre chose que l’alternative : liberté ou prolongement de l’asservissement. Entre la liberté et l’esclavage, il n’y a pas de compromis.
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