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Nicolas sarkozy demeure une énigme pour les afro-francais

Nicolas sarkozy demeure une énigme pour les afro-francais

Posté le 19.05.2008 par awassapaul
Analyse de propos graves tenus dans certains discours officiels.




1- Propos tenus par Nicolas Sarkozy en direction des afro-français

Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy, candidat UMP à l’élection présidentielle ayant remporté le suffrage des français à 53%, a tenu à remercier ses électeurs dans une allocution télévisée très regardée.

Néanmoins pour les afro-français (Antilles, Afrique) que nous sommes, l’euphorie de la victoire ou la surprise de la défaite voire l’indifférence face à ce scrutin national, ne doit pas oxyder notre lucidité collective et ouvrir de nouvelles brèches aux divisions internes stériles et peu productives.

Même si le site RFO.fr semble « étonnement » l’avoir oublié, dans sa première allocution le futur homme d’Etat qu’est Monsieur Sarkozy, a dit des choses vraiment très graves. « Je vais » dit-il, « en finir avec la repentance qui est une forme de haine de soi et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres ».

Cette déclaration détonante visant la Loi Taubira, n’est qu’une version « light » de propos encore plus graves tenus dans des discours précédents que nous souhaitons porter à votre attention pour nourrir votre réflexion.


NICOLAS SARKOZY Ainsi, dans une réunion publique tenue à Agen le 22 juin 2006, le candidat de l’UMP avait déjà déclaré : « Ceux qui au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contracté à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglé, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et le travail ».

Propos qui furent précisés dans sa déclaration publique du 7 février 2007 à Toulon : « Je veux le dire à tous les adeptes de la repentance qui refont l’histoire et qui jugent les gens d’hier sans se soucier des conditions dans lesquelles ils vivaient, ni de ce qu’ils éprouvaient (...) De quel droit demandez vous aux fils de se repentir des fautes de leurs pères, que souvent leurs pères n’ont commises que dans votre imagination ».

Ainsi, les siècles de razzias négrières et d’esclavage ne seraient que le fruit de notre imagination collective délirante et la colonisation de l’Afrique par la France, l’implantation de simples camps de vacances, dits « colonies de vacances » sous les tropiques. Etonnant raccourcis de l’histoire de France, non ?

2- Généalogie des événements récents

En 2001, Mme Christiane Taubira alors députée de Guyane, parvient à convaincre l’Assemblée Nationale de voter une loi reconnaissant officiellement la traite et l’esclavage des Noirs comme un Crime contre l’humanité.

A l’époque, cette décision officielle est à peine relayée par les média nationaux et les dispositions légales prévues par la loi traînent à être suivies d’effets. La conférence internationale « Contre le racisme » à Durban (Afrique du sud) organisée la même année par l’ONU, va relancer le débat en lui donnant une envergure internationale sous la pression de diverses ONG et associations représentant les nombreux peuples du sud, victimes du racisme et de la discrimination sociale dans les pays du nord depuis le XVème siècle.

Les média tentent alors d’étouffer les ardeurs de ceux qui voudraient voir évoluer les mentalités dans le bon sens en n’offrant par exemple aux descendants des victimes aucune plateforme d’expression. Fin 2004, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau publie son ouvrage « Les traites négrières, essai d’histoire globale » aux éditions Gallimard. Loin d’apaiser les tensions, cet ouvrage aux saveurs eurocentristes, va entraîner l’auteur dans une course médiatique effrénée, destinée à créer une confusion entre les aspirations légitimes des descendants des victimes des razzias négrières et de l’esclavage, le besoin d’information du public français et les intérêts d’un lobby que visiblement, il défend.

Plutôt que de percevoir la démarche visant à examiner les modalités nationales réservées au traitement de la mémoire de la Shoah par les nouveaux venus dans le « cercle » restreint des victimes officielles d’un « Crime contre l’humanité » comme une première phase normale d’appréciation, c’est une polémique malsaine sur la « concurrence des mémoires » qui a été échafaudée de toute pièce par certains leaders d’opinion. Plutôt que de retenir l’axe dynamique des « compensations » souhaitées par les descendants des victimes, c’est l’axe fallacieux de la « culpabilisation » et de la « repentance » des français qui cannibalise le discours médiatique. Mais dans le fond, il s‘agit de cacher quoi ? A qui ? Et dans quel but ?

Pris en otage sur une question aussi sensible, l’avis de l’opinion publique subit inexorablement les affres d’un discours historiographique à sens unique, qui n’est dans le fond que la version recyclée du catalogue des justifications fallacieuses des négriers européens d’autrefois. D’ailleurs emporté par sa vague médiatique, Olivier Pétré-Grenouilleau se retrouva en bout de course sur l’échafaud du discrédit pour avoir pilonné la loi Taubira, qu’il conteste ouvertement puis qu’il amalgame de son propre chef à un génocide, sans que le texte de loi définissant le crime contre l’humanité y fasse référence : « C’est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l’humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides... Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Il n’y a pas d’échelle de Richter des souffrances » [1].

Cette déclaration, extraite du Journal du Dimanche , lui a inévitablement valu une première action en justice, avortée certes, pour contestation de « Crime contre l’humanité » par le Collectif des Antillo-guyanais. Cependant une deuxième est cours, portée par le MNH (Mouvement pour une Nouvelle Humanité) et le COFFAD (Collectif des Fils et Filles Déportés d’Afrique) pour « Diffamation publique raciale et Apologie de crime contre l’humanité » . Avec un tel passif, qui pourrait encore douter du parti pris eurocentriste de l’auteur ? L’establishment, qui s’est empressé de lui décerner le 11 juin 2005, le « Prix du Sénat du Livre d’Histoire », a par ailleurs révélé un visage inédit.

En février 2005, le vote d’une loi émanant de députés de UMP louant « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » va soulever l’indignation générale en Algérie, en Afrique noire et aux Antilles. Cette loi qui a ulcéré Aimé Césaire et Abdelaziz Bouteflika, pousse des professeurs d’université à s’indigner publiquement de cette incursion du politique dans leur profession.

Pour finir, les critiques épicées de l’humoriste Dieudonné sur la gestion nationale du passé esclavagiste et colonial de la France, vont véritablement enflammer les médias qui dorénavant, ne pourront plus ignorer continuellement l’avis des descendants des victimes. S’ensuit alors une tentative de remise en question de toutes les lois relatives aux événements dramatiques de l’humanité qui va encore semer la confusion. D’autant plus que l’idée d’une « repentance » nationale, volontairement mal définie et péjorativement amenée, est régulièrement ressassée.

Cependant, un nouvel argument, l’anachronisme, va progressivement creuser son sillon eurocentriste en décrétant que l’on ne peut apprécier le passé avec les idées et les textes de loi d’aujourd’hui. C’est un peu vite oublier que la Déclaration des Droits de l’Homme date de 1789 et que l’abolition définitive de l’esclavage est intervenue 59 ans après, soit en 1848.

Fin 2005, à l’aube des commémorations du bicentenaire de la victoire de Napoléon à Austerlitz, Claude Ribbe surprend l’opinion publique en publiant aux éditions Privé « Les crimes des Napoléon », un ouvrage dénonçant les crimes horribles commis par l’empereur envers les Noirs, lors du rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises en 1802.

Une nouvelle fois, la machine médiatique s’embrase. On avança même l’argument fallacieux d’un antisémitisme sous-jacent, voire d’une pseudo-confrontation noirs/juifs pour prendre à parti l’opinion publique et ternir les revendications des Noirs qui souhaitent, non pas minimiser la portée de la Shoah, loin de là, mais simplement que l’on traite leur mémoire de façon digne et respectable et que des mesures concrètes soient prises pour que la lutte contre les conséquences contemporaines de ce « Crime » (racisme, discriminations, inégalités...) deviennent des priorités gouvernementales (Liberté, Egalité, Fraternité).

3- Que fait-on de la morale dans l’histoire ?

Toute histoire doit se terminer au moins avec une morale saine. Or dans le cas de l’esclavage et de la traite, il n’y a point de morale. Le décret du 27 avril 1848 qui prévoit de dédommager financièrement les planteurs, ne prévoit absolument rien pour les esclaves. Mieux, dans le cas d’Haïti, une ordonnance signée sous la menace militaire française par les autorités haïtiennes en 1825, obligea les anciens esclaves à verser à la France la somme de 125 millions de francs-or au titre du dédommagement des planteurs. Cette somme a été intégralement payée. Comment peut-on dans ce cadre d’immoralités généralisées parler de « Droits de l’homme » et être crédible ? C’est la même « ironie » de 1789 qui doit donc encore se perpétuer ?

Nier cette exigence de morale que requiert l’histoire emprisonne à jamais le discours médiatique, historiographique et politique dans la petite bulle nauséabonde de l’hypocrisie, du mensonge et de l’auto-contradiction systématique. Il s’agit de faire un choix, celui de la raison dynamique et de la fraternité sincère.

Car, le piège de l’auto-contradiction menace ceux qui feront un autre choix. Tel Monsieur Sarkozy qui dans le même discours d’Agen, invective les porteurs de la mémoire en disant qu’il s’agit de ceux qui « préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contracté à leur égard ». Tout en déclarant plus loin que « Nous avons une dette que nous n’avons pas réglée envers ceux qui ayant versé leur sang pour la France ont été chassé de leur pays et ont tout perdu ». Faut-il rappeler que les esclaves avaient été chassés de leur terre, déportés de leur continent et donc avaient tout perdu pour finir sur une plantation française où ils ont versé leur sang en travaillant sans salaire, dans des conditions inhumaines ravalant inexorablement les termes « espérance de vie » et « natalité » à de simples euphémismes ?

Ce piège de l’auto-contradiction, on le retrouve encore dans son discours de Toulon, lorsqu’il dit : « des fautes (...) que souvent leurs pères n’ont commises que dans votre imagination ». Et pourtant précédemment, dans le même discours, nous pouvons lire : « L’occident longtemps pêcha par arrogance et par ignorance. Beaucoup de crimes et d’injustices furent commis ».

A vrai dire, l’auto-contradiction guette toux ceux qui cherchent à fuir l’évidence et la morale, tel l’universitaire US Steven Han qui dans le Monde Diplomatique de mai 2006 [1], tentait d’édulcorer l’aspect génocidaire des plantations sucrières en ces termes : « Les plantations de cannes à sucre n’étaient pas des abattoirs : elles fonctionnaient selon un système de travail fondé sur l’exploitation et l’oppression, auquel les esclaves s’adaptaient et contre lequel ils luttaient tout à la fois ».

Mais en disant cela il se contredisait lui-même, car préalablement il avait consigné dans le chapitre traitant des retombées financières des plantations que « L’économie sucrière réalisait alors des bénéfices considérables et les planteurs estimaient moins coûteux de faire travailler leurs esclaves jusqu’à l’épuisement et d’en racheter pour remplacer ceux qui succombaient que d’encourager leur reproduction naturelle ». Il s’agit donc bien d’un génocide et cela d’autant plus que la loi cerne précisément le processus d’extermination, peu importe la durée d’agonie de la victime.



4- Auto-contradiction & stratégie de falsification

En fait, le discours eurocentriste français dit tout et son contraire car ayant succombé à la tentation de la négation historique, de la falsification et du stéréotype, il est aujourd’hui en panique.

Par exemple pour des faits consignés sur des rapports d’explorateurs depuis le XIIIème siècle puis sur des notes de négriers portugais dès le XVème siècle, on a eu doit à un reporting des faits qui frise l’incompétence pour baigner dans l’hypocrisie.

En effet, dès l’époque des Lumières, les Africains furent présentés au public français comme des populations primitives, sauvages et païennes que la traite, l’esclavage et la colonisation tentaient de civiliser à la sauce occidentale. Puis l’argument fallacieux de l’évangélisation forcée vint renforcer cette argumentation.



Mais aujourd’hui, considérant à juste titre qu’il serait SUICIDAIRE de défendre l’idée que les européens auraient été capables de se livrer à un véritable commerce avec des peuplades complètement sauvages, l’eurocentrisme se voit contrainte et forcée de contredire ses propres thèses, en proclamant que les mêmes africains s’étaient finalement dotés de configurations étatiques puissantes qui commerçaient entre elles.

D’où la déclaration suivante de Steven Hahn, toujours dans le Monde Diplomatique [2]« Nous savons aujourd’hui que les Européens qui naviguèrent le long de la côte occidentale de l’Afrique, à partir de la moitié du XVème siècle, découvrirent un monde qui avait atteint, économiquement et politiquement, un niveau de développement comparable au leur. Les Africains pratiquaient l’exploitation minière, l’industrie, l’agriculture et l’élevage ; ils entretenaient depuis des siècles des relations commerciales avec des pays éloignés ». Pensez-vous vraiment que cette constatation date d’aujourd’hui ?

Et même l’argument majeur des africanistes français voulant que les grands empires africains (Mali, Zimbabwé, Ghana...) aient été fondés par des blancs mythiques venus de nulle part, thèse pourtant largement développée dans le « Que sais-je » consacré à l’Afrique noire, est maintenant combattue par O.P.Grenouilleau [3] , pour les besoins de la cause de la thèse « commercialiste » qu’il défend. Bref, le discours eurocentriste est un « berceau à roulettes » que l’on déplace à son grès en fonction des besoins de l’idéologie socio-politique et néo-colonialiste du moment.

5- La France face à la traite et l’esclavage

Le bilan français peut s’établir de la sorte :

4220 expéditions négrières légales donc il faut tabler sur près de 5000 expéditions au total [4] (le port de Nantes représente à lui seul 41, 3 % du total),

sur une base moyenne de 350 captifs par voyage, le total est de 1 750 000 déportés pour près de 10 500 000 victimes [5],

Lieux de pratiques esclavagistes françaises : Ile Maurice, Réunion, Guyane, Martinique, Guadeloupe, Haïti...

1642 (édit de Louis XIII) : début de la traite française,

1685 : mise pratique du Code Noir,

1789 : vote de la Déclaration universelle des droits de l’homme,

1848 : abolition définitive de l’esclavage sur le sol français.

Estimation de rentabilité financière de la traite et de l’esclavage pour la France en 200 ans d’exploitation du bois d’ébène (1642 à 1848) :

8 000 000 000 de Frs au total (au taux de la valeur de la monnaie française de 1753). Somme représentant les bénéfices tirés de la vente des produits des colonies. Somme à réévaluer au taux actuel de l’euro. [6]

20 000 000 000 de $ au total, pour près de 5 000 expéditions négrières françaises, soit une rentabilité moyenne retenue de 4 000 000 $ par voyage au taux de la monnaie US en 1854. Somme résultant de la vente de captifs africains dans les colonies. [7]

En conclusion, dévaloriser publiquement le Crime commis et reconnu comme tel par la Loi et par la République, porter atteinte à la mémoire des victimes, comme le fait Monsieur Nicolas Sarkozy est une attitude surprenante pour un chef d’Etat dont la mission est de veiller justement à l’application et au respect des lois.




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