Tata de SIKASSO
Le vieux Sikasso est bientôt trop petit pour contenir tout son monde ; il construisit alors un nouveau Sukala au sud-ouest de la butte latéritique ; entre ce Sukala et le vieux Sikassode nombreuses autres constructions dont le tata particulier de son chef de colonne et celui de son fils Ahmadu. Sous la menace de Samori, Tyéba décida vers 1885, de prendre l’ensemble, y compris la butte, dans une même enceinte, faisant de Sikasso une véritable citadelle de près de 90 hectares. Les murailles au tracé irrégulier étaient alors en simple épaisseur (...). Quinquabdon qui séjourna longtemps à Sikasso en qualité de représentant de mission, en donne une description fort précise : " Sikasso est la capitale des États de Tiéba.
C’est un immense village de plus de 4 kilomètres de tour, 3925 mètres mesurés des saillants principaux aux saillants principaux, ce qui donne un developpement des murailles extérieures considérable. Le tata qui entoure Sikasso est en terre parfois mélangée de pierres, mais on peut dire presque entièrement en terre mélangée de nombreux cailloux ferrugineux. Il a de 1,50 mètre à 2 mètres de base, 6 mètres de hauteur ; l’épaisseur de cette muraille au sommet n’est guère plus de 0,40 à 0,45 mètres. Sur le pourtour du tata, il n’y a pas de tours, mais les grands saillants et les grands rentrants sont très bien disposés pour se flanquer. Le tata est en forme de crémaillère, mais c’est le seul que j’ai vu ainsi fait ; la crémaillère uniquement construite pour donner de la solidité a été en même temps pour flanquer ". En 1891-1892, d’importants travaux d’aménagement furent effectués pour renforcer cette première enceinte.
A 3 ou 4 mètres en avant, un nouveau tata, épais d’un mètre à la base, formé de lits d’argile battue et de pierres alternées fut construit. L’intervalle entre les deux ouvrages fut comblé par du gravais ferrugineux, de la terre détrempée et des pierres mélangées et battues. L’ensemble formait un certain nombre de grands brisures qui se prêtaient au flanquement. A l’intérieur de l’enceinte, Tyéba aménagea d’autres dispositifs de défense. Sikasso fut partagé par deux grands grands tata en travers, en trois parties bien distinctes ; chacun des tata était pourvu intérieurementet extérieurement d’un chemin de ronde et muni de crénaux ; en outre 11 tata particuliers, commandés par ses fils et ses chefs de colonne pouvaient résister isolément. Au sud-est de la ville, Tyéba construit son dyônfutu qu’il entoura d’un tata aussi sérieux et de même construction que le tata extérieur : de forme rectangulaire, il était long de 300 à 350 mètre et large de 180 à 200 mètre, entouré d’un double mur de 6 mètre de hauteur.
Le dyônfutu était la demeure habituelle de Tyéba : le palais proprement dit, en pisé avait deux étages et comprenait un grand nombre de pièces ; sa face principale était dominée par une massive tour d’angle ; l’ensemble offrait l’aspect d’"un castel très fort. C’est à la fin de l’année 1891, lors du passage du capitaine Peroz que Tyéba fortifia le mamelon qui domine la ville ; il y construisit un réduit fortifié appélé " donjon " par les officiers de la colonne française : la bâtisse, énorme cube de 12 mètre de haut était à un étage ; elle était surmontée d’une terrasse crénélée avec masques, embrasure et machicoulis.
Un escalier massif en terre donnait accès au premier étage et à la terrasse, du haut de laquelle on domine au loin tous les environs. Tout autour, fut aménagé un un bois sacré où vivait le serpent protecteur du royaume. Le " donjon " était relié à une galerie souterraine, au dyônfutu distant de 250 mètre environ. Pour protéger les abords de sa capitale et empêcher toute attaque directe, Tyéba fit construire, sur des points dominants, quatre tata extérieurs jouant le rôle de forts détachés.