Posté le 16.05.2008 par awassapaul
Cependant pour le jeune chercheur panafricain, C. A. Diop a considérablement vitalisé l’historiographie africaine. Cela en :
officialisant la rupture épistémologique avec les thèses africanistes qui reposent essentiellement sur le romantisme et l’exotisme,
Dégageant la notion de « paradigme occidental » pour démontrer qu’un fait historique étudié selon l’ensemble des conceptions idéologiques européennes majoritairement péjoratives vis-à-vis des Noirs et de l’Afrique en général, ne peut qu’aboutir à des conclusions réductrices,
Dégageant la notion de « paradigme africain » en prenant la science et les matériaux historiographiques comme seules « balises » dans son analyse,
Insistant sur la notion de « démarche méthodologique » dans l’étude des thématiques et sur la notion « d’approche scientifique » dans le traitement des faits et des données historiques,
Recourant à diverses sources (datation, fouilles, écrits anciens...) pour l’établissement des faits historiques de façon indiscutable,
Dégageant la notion d’unité culturelle des peuples africains et de berceau historique commun,
Proposant un cadre scientifique à la critique historique,
Affirmant la nécessité de fonder un enseignement basé sur les « Humanités Classiques Africaines » en Afrique Noire et dans la diaspora,
Affirmant la nécessité de vitaliser les langues africaines et de fonder une langue africaine transversale parlée dans tous le monde noir et reconnue officiellement,
Insistant sur la nécessité de replacer l’Afrique Noire dans l’historiographie mondiale,
Insistant sur l’obligation de réorienter l’enseignement scolaire vers les besoins vitaux de l’Afrique en vitalisant l’esprit scientifique des jeunes générations,
Insistant sur l’obligation de penser à la défense militaire, sanitaire, culturelle, politique et idéologique du continent,
Réalisant la Renaissance Africaine.
Telle est la voie tracée par Cheikh Anta Diop. A chacun en son âme et conscience, de la suivre ou de la trahir. [1]
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Posté le 16.05.2008 par awassapaul

Cette atmosphère d’hostilité idéologique anti-nègre survit encore aujourd’hui à travers le racisme, les injustices sociales, les inégalités économiques, la discrimination professionnelle, l’obscurantisme sur les inventeurs et savants noirs, la dépréciation de l’histoire scientifique africaine et les écrits teintés d’un racisme à peine voilé de la part de certains chercheurs. "L’home moderne, Homo sapiens sapiens, apparu en Afrique il y a 120 000 ans, n’a-t-il pas donné la mesure de son intelligence qu’après être arrivé en Europe via l’Asie, il y a environ 40 000 ans ?". Cette phrase relevée dans le quotidien « Le Monde » du 15 janvier 2002, illustre parfaitement ici notre propos. Il s’agissait pourtant de médiatiser la découverte de la grotte de Blombos (Afrique du sud), faite, chose cachée au public, 10 ans plus tôt ! Un autre article publié cette fois dans la revue "Pour la Science" de janvier 1998, comportait un paragraphe au titre explicite de « Racisme archéologique » à propos de l’histoire africaine. Et nous pourrions citer d’innombrables exemples. [1]
Ainsi, en s’inscrivant dans des actions de lutte contre le racisme et de réécriture seine de l’histoire de l’humanité, Cheikh Anta Diop souhaitait ainsi, réunir les hommes et les femmes de bonne volonté désireux de bâtir un monde débarrassé des idées xénophobes, en démontrant que les hommes jouissent tous des mêmes capacités intellectuelles :
« Le problème (...) est de rééduquer notre perception de l’être humain, pour qu’elle se détache de l’apparence raciale et se polarise sur l’humain débarrassé de toutes coordonnées ethniques », affirmait-t-il par exemple au colloque d’Athènes en 1981.
Posté le 16.05.2008 par awassapaul
C. A. D. et SCOTT KING A la lueur de l’analyse globale de son œuvre, on constate que Cheikh Anta Diop a sérieusement ébranlé l’idéologie européenne en démontrant scientifiquement l’origine monogénétique et africaine de l’humanité, l’origine africaine de la civilisation égyptienne, l’origine africaine du savoir grec sans oublier l’origine africaine des concepts philosophiques des religions dites monothéistes.
Néanmoins, il est indispensable de rappeler que ce n’est pas lui qui a racialisé le débat philosophico-scientifique, bien au contraire. Depuis la traite négrière, toutes les questions relatives à l’intelligence humaine et aux variétés humaines ont été méthodiquement et systématiquement racialisées par l’occident et cela dans tous les domaines : la religion, l’histoire, l’économie, la science, la culture, la biologie, la civilisation, la philosophie, les sciences sociales, les sciences humaines, etc.
Posté le 16.05.2008 par awassapaul
La conclusion des débats est encore rapportée de la sorte par un Jean Devisse amère par la défaite : "La très minutieuse préparation des communications des professeurs Cheikh Anta Diop et Obenga n’a pas eu, malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l’UNESCO, une contrepartie toujours égale. Il s’en est suivi un véritable déséquilibre dans les discussions."
Posté le 16.05.2008 par awassapaul
DEMONSTRATION AU TABLEAU Chercheur averti et grand militant politique, Cheikh Anta Diop a légué à la jeunesse panafricaine des ouvrages d’une rare érudition historiographique publiés aux éditions Présence Africaine :
Nations nègres et culture (1954)
L’Unité culturelle de l’Afrique noire (1959)
L’Afrique noire précoloniale (1960)
Antériorités des civilisations nègres - Mythes ou vérité historique (1967)
Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro-africaines (1977)
Civilisation ou Barbarie (1981)
Restait à Cheikh Anta à trouver une opportunité pour forcer les spécialistes mondiaux de l’histoire égyptienne à venir débattre de la question de l’origine ethnique des Egyptiens Anciens. Car bien que des avis aient été émis dans la presse française, dès la parution de « Nations nègres et culture » (Le Républicain Lorrain en 1956, l’Observateur n°288 - nov. 1955, L’information des 6 et 7 mai 1956, etc.) et des critiques sans consistances aient été formulées par des chercheurs français (Robert Cornevin, Louis-Vincent Thomas, Jean Suret-Canale, Georges Balandier, Henri Brunschwig, Raymond Mauny, Jean Devisse, Raoul Lonis), Cheikh Anta Diop constate que l’intelligentsia française « fuit le débat scientifique d’une façon qui ne trompe personne », en particulier « lorsqu’on substitue à la réfutation des arguments, une explication « psychologiques » de la motivation d’une œuvre » [1]]. Il entend par là signifier que les critiques de ses travaux, se bornent à dresser l’inventaire de son passé d’ex-colonisé sans jamais aborder les questions de fond ! Et c’est sur le fond qu’il entend affronter ouvertement tous les spécialistes des thèses eurocentristes.
Le Colloque international du Caire organisé du 28 janvier au 3 février 1974 par l’UNESCO et portant directement sur la question de l’origine ethnique des Egyptiens anciens et du déchiffrement de l’écriture méroïtique, va donc lui fournir l’occasion qu’il attendait depuis longtemps. Il s’agit pour l’organisme international de sceller la rédaction d’une œuvre encyclopédique intitulée « Histoire Générale de l’Afrique ».
Afin qu’aucune excuse ne soit émise pour porter un préjudice quelconque à ce colloque de confrontation scientifique, Cheikh Anta Diop a formulé et obtenu que les spécialistes mondiaux soient informés et invités au moins un an à l’avance (pour qu’ils aient le temps de bien préparer leurs arguments) et d’autre part, que le rédacteur du rapport final ne soit pas choisit dans son camp. Pour faire face à cet aréopage de savants occidentaux, Diop n’a choisit qu’un seul savant africain, le professeur Théophile Obenga qui deviendra son fidèle disciple en matière de linguistique comparée, d’égyptologie et d’historiographie africaine.
Une raclée !!! Tel fut le sort subit par les savants mondiaux qui durent finalement reconnaître ouvertement, face à la batterie d’arguments scientifiques présentés par Diop et Obenga, l’origine néfro-africaine de la civilisation pharaonique. C’est principalement en raison de cette déroute magistrale et de ses très probables conséquences sur l’idéologie coloniale, que les spécialistes français, en parfaits hypocrites, n’ont jamais médiatisé ce colloque ni intégré ses conclusions dans leurs travaux ultérieurs.
Il est important de rappeler que le rapport officiel de l’UNESCO rédigé par le professeur Jean Devisse mentionne que « Le professeur Vercoutter a déclaré que, pour lui, l’Égypte était africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser. Le professeur Leclant a reconnu ce même caractère africain dans le tempérament et la manière de penser des Égyptiens ».
Posté le 16.05.2008 par awassapaul
Ce dernier va alors se spécialiser en chimie et en physique nucléaire au Laboratoire Curie de l’Institut du radium, sous la direction du prix Nobel de Chimie Frédéric Joliot-Curie. En 1956, il se réinscrit en thèse d’Etat de Lettres et soutien finalement en 1960 à la Sorbonne, sous la direction du professeur André Leroi-Gourhan (professeur au Collège de France), assisté de André Aymar (président du jury, spécialiste de l’antiquité grecque, doyen de la faculté des Lettres), Roger Bastide (Sociologue), Hubert Deschamps (ethnologue) et Georges Balandier (Africaniste) deux thèses pendant près de 6 heures :
Etude comparée des systèmes politiques et sociaux de l’Europe et de l’Afrique Noire, de l’Antiquité à la formation des Etats modernes, (thèse principale).
Domaines du patriarcat et du matriarcat dans l’Antiquité classique, (thèse secondaire).
Une foule immense se déplace pour suivre en direct les débats, sans oublier les média qui ne manquent pas de recueillir les avis « enthousiastes » du jury et du jeune diplômé. Ce dernier déclare alors à la Radiodiffusion d’Outre-Mer :
« j’ai voulu dégager d’une façon générale, l’unité culturelle africaine et d’un autre côté, animer l’histoire de tout le continent sur une période de 2 000 ans au moins ». Il ne manque pas non plus, de confirmer son désir de rentrer au pays pour servir au développement général du continent. Le Président de séance, M. André Aymar, concède à son tour : « Votre œuvre, œuvre d’une pensée africaine est pour nous dans son ensemble, un travail précieux qu’on lit avec vif intérêt ».
Conscient du « danger » intellectuel que représente Cheikh Anta Diop pour les idéaux coloniaux français, le jury lui décerne la mention « Honorable » et non pas « Très Honorable », ce qui lui interdira d’accéder au poste d’enseignant universitaire. Au Sénégal, le président Senghor se chargea par la suite de veiller personnellement pour la France, à ce que Diop n’enseigne jamais aucune matière. Chose qui finira néanmoins par arriver après son départ du pouvoir en 1981.
Posté le 15.05.2008 par awassapaul
En 1946, Cheikh Anta Diop entame ses études supérieures à Paris où il s’inscrit aux cours de mathématiques au lycée Henri IV. Mais désireux de parfaire ses connaissances en philosophie, il s’inscrit également à la Sorbonne tout en poursuivant ses travaux en linguistique. Il rencontre alors le professeur Henri Lhote, le découvreur des fresques du Tassili, avec lequel il se lie d’amitié.
Très occupé, il se focalise sur sa licence de philosophie qu’il termine en 1948 et dès 1949, sous la direction du célèbre philosophe des sciences Gaston Bachelard, il intitule son premier projet de thèse de doctorat ès-lettres : « L’avenir culturel de la pensée africaine ».
En 1950, la Faculté des sciences de Paris le distingue en lui remettant deux Certificats de chimie (en Chimie Générale et Chimie Appliquée). En 1951, sa thèse secondaire, qu’il peaufine sous la direction de Marcel Griaule (le révélateur du savoir scientifique des Dogons), devient : « Qu’étaient les Egyptiens prédynastiques ». Mais, les enjeux d’un tel travail étant bien évidemment lourd de conséquences pour les thèses coloniales, aucun jury académique n’accepta la responsabilité d’examiner officiellement son travail.
Plus tard, il dira dans une interview qu’au « moment où l’impérialisme atteint son apogée, dans les temps modernes, en tout cas au XIXème siècle, l’Occident découvre que c’est l’Egypte et une Egypte noire qui a apporté tous les éléments de la civilisation à l’Europe et cette vérité, il n’était pas possible de l’exprimer, voilà la réalité ! L’Occident, qui se croyait chargé d’une mission civilisatrice en direction de l’Afrique, découvre en fouillant dans le passé, que c’est précisément cette Afrique Noire (...) qui lui a donné tous les éléments de la civilisation aussi extraordinaire que cela puisse paraître. Et cette vérité, tous les savants n’étaient pas disposés à l’exprimer ».
Il en prend acte et publie en 1954 aux éditions Présence Africaine alors dirigées par son ami Alioune Diop, un ouvrage détonant qui présente ses principales thématiques de recherches et qui assène dès sa sortie, un coup fatal à l’idéologie eurocentriste de la supériorité des peuples nordiques sur les autres espèces humaines en général et des Nègres en particulier. Il s’agit de « Nations Nègres et Culture - De l’antiquité nègre égyptienne aux problèmes culturels de l’Afrique noire d’aujourd’hui », dans lequel il fait la démonstration éclatante non seulement de sa puissance de réflexion mais aussi des ruses et astuces utilisées par les plus grands spécialistes mondiaux en matière de falsification historique. [1]
L’ouvrage est si avant-gardiste que les intellectuels nègres, tous désireux de ne pas se mettre à dos l’establishment intellectuel français, vont donc donner leur langue au... maître blanc. Seul Aimé Césaire, dans un ouvrage qui restera à jamais comme la plus grande condamnation de l’impérialisme européen, à savoir « Discours sur le colonialisme » écrira en 1955 qu’il s’agit du « livre le plus audacieux qu’un nègre ait jamais écrit » et qu’il « comptera à ne pas douter dans le réveil de l’Afrique ». [2] « Nations nègres et culture » faisait suite à la publication en 1948, d’une première étude intitulée « Etude linguistique ouolove - Origine de la langue et de la race valaf », publié déjà par C. A. Diop dans la revue Présence africaine.
Posté le 15.05.2008 par awassapaul
Ce climat d’hostilité idéologique va progressivement aiguiser la curiosité historiographique du jeune Diop car il constate que dans les récits historiques distillés dans les écoles du « blanc », les peuples africains sont systématiquement décrits comme non civilisés, sans histoire [2] et sans liens culturels entre eux. Mais il ne se destine pas encore au métier d’historien puisque son rêve est de devenir ingénieur en constructions aéronautiques.
Posté le 15.05.2008 par awassapaul
« La nature n’a doté le nègre d’Afrique d’aucun sentiment qui ne s’élève au-dessus de la niaiserie », peut-on lire sous la plume du philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804). De telles idées furent encore véhiculées massivement par Hume, Renan, Voltaire, Gobineau, Hegel... et relayées médiatiquement par des scientifiques (Buffon, Cuvier...). Pour ces derniers, le nègre représentait « la plus dégradée des races humaines, dont les formes s’approchent le plus de la brute et dont l’intelligence ne s’est élevée nulle part au point d’arriver à un gouvernement régulier », (Georges Cuvier, zoologiste français).
Alors jeune étudiant, Cheikh Anta Diop va être confronté à ces idéologues xénophobes chargés de déformer et d’atrophier dans les écoles coloniales, les jeunes consciences africaines. Un incident l’opposant à un enseignant français ouvertement raciste, M. Boyaud, a d’ailleurs laissé des traces encore visibles aux Archives Nationales du Sénégal, dans son dossier scolaire. Il s’agit d’une lettre datée du 7 août 1941, adressé à l’inspecteur général en charge de l’enseignement en OAF et rédigée par la direction du lycée Van Vollenhoven de Dakar. Ce courrier fait état de relations conflictuelles à caractère raciste, entre C. A. Diop et M. Boyaud son professeur. Néanmoins en 1945, il obtient finalement son « Brevet de capacité coloniale » (équivalent du bac) en mathématiques (juin 1945) et en philosophie (octobre 1945). [1]]
Posté le 15.05.2008 par awassapaul
En 1923, lorsque Cheikh Anta Diop naît de Magatte Diop et de Massamba Sassoum Diop dans un petit village nommé Caytou, l’Afrique occidentale française (AOF) n’a pas encore accouché du Sénégal. Le continent tout entier est soumis à la domination coloniale impérialiste qui impose ses lois politiques, culturelles, sociales, économiques et pédagogiques aux populations. Le temps des grands empires et de la prospérité a été balayé par les négriers arabes et européens qui ont finalement cédé leur place aux armées et aux états majors européens en quête de nouvelles richesses terrestres, au mépris total de toute forme d’humanisme.
Pour maximiser les profits liés au commerce négrier et légitimer leurs décisions inhumaines, les intellectuels occidentaux, sous la houlette de l’ecclésiastique Bartholomé de las Casas, avaient crée de toute pièce depuis le XVIIème siècle, le concept philosophique du « nègre sauvage » qu’ils s’efforçaient d’injecter dans les consciences populaires du nord et du sud, en usant de force physique, de déclarations racistes et de travaux pseudo-philosophiques et pseudo-scientifiques.